IDK – e.t.d.s. A Mixtape by .idk.

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23/01/26

IDK

e.t.d.s. A Mixtape by .idk.

Note :

Auteur d’un marathon musical très productif avec pas moins de quatre albums produits ces dernières années, IDK nous offre cette fois-ci une mixtape pour bien commencer l’année. Un format court contenant de grandes ambitions…

IDK (de son vrai nom Jason Mills) est un artiste du Maryland situé dans l’Est des États-Unis. C’est dans cet État que Jason a fait ses premières armes en commettant quelques actions l’ayant conduit par la suite en prison du haut de ses dix-sept printemps.

Fort de ces incidents, le rappeur s’est remis sur le droit chemin en se focalisant pleinement sur sa carrière musicale dont les débuts tonitruants sont détaillés dans un portrait que la rédaction lui avait consacré à l’époque.

Depuis le début de cette décennie, il n’a cessé d’être productif en dévoilant plusieurs projets de haut vol en guise de standard : on compte USEE4YOURSELF, Simple. (avec KAYTRANADA), F65 et BRAVADO INTiMO… qui explorent autant de sonorités qu’il n’y a de facettes artistiques chez IDK. Pour ce nouvel opus, il a décidé de dévoiler une mixtape en guise de lettre d’intention à cette année musicale qui s’annonce déjà bien riche, comme en témoigne le blockbuster d’A$AP Rocky.

Si dans la conscience collective une mixtape est synonyme de légèreté, il n’en n’est rien pour le rappeur qui voit en ce format une déformation consensuelle voire un péché d’ambition : « Lorsque j’étais en prison, j’ai écris dans un carnet toutes les choses que je souhaitais faire une fois en liberté. Parmi celles-ci, il y avait la volonté de faire une mixtape. (…) Quand on veut aller un peu plus loin dans l’essence même du hip hop, tout commence par une mixtape chez les artistes. Mais parfois l’idée de la mixtape peut être jugée par un manque de qualité et donc, comme une œuvre moyenne. Je ne suis pas d’accord avec ça car le manque de qualité était lié par le manque de ressources de l’époque. Certaines personnes ont gardé cette idée en tête et l’ont appliquée comme standard. » [Source : Wonderland Magazine, 2026]

À l’image d’un Ray Vaughn dont le dernier opus défiait la définition dudit format, IDK s’emploie à faire de même en voulant prouver que la qualité intrinsèque d’un projet se doit d’être perceptible par l’effort investi et ce, peu importe la déclinaison apportée à l’oeuvre.

Dans l’objectif d’accomplir ce rêve ayant débuté derrière les barreaux, il part avec un postulat simple : quinze titres pour à peine plus de trente minutes d’écoute. Ce projet concis sera-t-il à la hauteur des attentes?

IDK & Friends

Lorsque l’on prête attention aux crédits impliquant tous les profils concernés sur ce disque, on remarque qu’une attention toute particulière a été effectuée quant à la sélection des compositeurs.

Bien qu’en premier lieu les plans d’IDK étaient différents, il a décidé d’unir en un seul projet ce casting de haut standing : « De base, je devais faire un projet en collaboration avec chacun des producteurs présents. J’ai réalisé que leurs productions avaient quelque chose de similaire et qu’ils n’avaient pas été réunis dans un disque donc je me suis dit que ça pouvait être spécial, que ça pourrait presque prendre une approche à la Illmatic. » [Source : Rhymesayers, 2026]

En adoptant une démarche collaborative, IDK prouve par la même occasion son talent vis-à-vis de la construction d’un projet et de la cohérence exigée par l’exercice. Quand bien même la mixtape autorise un “lâcher-prise” propice à l’exploration des sons, l’artiste du Maryland répond à ce cahier des charges et met l’accent sur la pluralité des producteurs présents pour élargir son éventail artistique face au micro. 

En partant de ce principe, il s’éloigne de sa zone de confort même si les sirènes de la facilité peuvent parfois être tentantes. On en tient pour exemple les quelques morceaux composés par KAYTRANADA (“P.O”, “START TO FINISH – S.T.F”, “LiFE 4 A LiFE”) qui s’éloignent des productions solaires de Simple. et de ses aventures Dillaesques sur KAYTRAMINÉ grâce à des boucles mélodiques sombres (à la Swizz Beatz et autre Scott Storch) permettant à IDK de trancher les compositions avec un flow plus brut.

Cette même brutalité trouve un écho plus exacerbé avec l’apport de Conductor Williams, l’un des meilleurs pourvoyeurs de l’école Griselda ainsi que de la scène actuelle. Il officie sur “SCARY MERRi”, “FLAKKA” ainsi que “SCRAMBLED EGG – TBC :(” avec une patte à la fois fraîche, moderne et poussiéreuse à la fois.

La présence de Madlib sur “DEViL” et “MiSOGYNISTICAL” prolongent les qualités mentionnées plus haut en s’appuyant sur une utilisation plus mélodique des samples tandis que No ID apporte une ambiance plus feutrée semblable à ce qu’il a fait avec Saba sur “HALO” et “CELL BLOCK FREESTYLE / CD ON”.

On retient également le titre “CLOVER” très Graduation dans l’âme ainsi que “STiGMA” qui explore des sonorités électroniques réussies forçant IDK à mettre l’emphase sur le chant (bien qu’on aurait souhaité que cette parenthèse jungle soit prolongée sur le second titre). Ces quelques morceaux mentionnés sont autant d’exemples qui manifestent la capacité de l’artiste à se fondre dans plusieurs ambiances tout en ayant un projet à la colonne vertébrale musicale solide et pertinente.

Par ces différents environnements créatifs, il peut de ce fait varier les thématiques allant du plus récréatif au plus intime dans le souci de créer une musique s’adaptant à toutes les circonstances comme il l’admet volontiers : « Pharrell m’a donné une autre perspective sur la musique et la manière dont elle peut accompagner quelqu’un après une journée, détendre les gens face à leurs vraies difficultés. » [Source : That Good Shit, 2025]

De quoi varier les plaisirs sans perdre de l’intérêt dans l’écoute globale.

Bravado

Si l’éloge du matérialisme est une compétition à part entière dans le rap, IDK figure actuellement parmi ses plus beaux challengers.

Alors que son précédent projet BRAVADO INTiMO… liait explicitement l’introspection avec l’egotrip afin de créer un équilibre relativement semblable au discours de l’ex-N.E.R.D, cet opus abonde également en ce sens. Sans employer la surenchère au risque de noyer son public, il s’appuie parfois sur sa vie personnelle pour étayer ses propos, rendant ainsi la frontière très mince entre IDK et Jason

Sur “DEViL”, il explique n’avoir peur de personne compte tenu de son incarcération passée et des leçons tirées de l’événement : 

I walk with a sawed-off that scratched up my thighs

So why the fuck would I ever be scared of you guys?

et parvient à glisser des références culturelles qui apportent de la légèreté sur  “START TO FINISH – S.T.F” : 

I’m a gangster with a grill, you don’t really want drama

Mis à part les mentions matérialistes ou sentimentales que l’on peut trouver ici-et-là sur ce disque, ici l’egotrip se base principalement sur l’adoption d’une posture morale où la supériorité découlerait d’une sagesse d’esprit.

L’excellent Black Thought incarne ce discours sur “P.O” : 

I know what’s more powerful, the pistol or the pen

avant d’être rejoint par Pusha T dont la thèse est partagée sur “LiFE 4 A LiFE” : 

I don’t know why they try

There’s no dry eyes after drive-bys

Knockin’ Buju Banton, boom, bye-bye

Via ces aspects, IDK continue de créer une distance avec son passé pour utiliser un arsenal intellectuel, certes bien moins violent mais davantage important et intéressant auprès des auditeur·ices.

Introspection by Delivering Knowledge

“If it ain’t life, then every sentence light” argue-t-il sur “LiFE 4 A LiFE”.

Cette phrase au double sens résume tout le leitmotiv d’IDK consistant à mettre l’introspection au cœur de son processus d’écriture.

À l’instar d’autres artistes, il fait partie intégrante de la catégorie de ceux qui laissent un fragment d’eux-mêmes en couchant leurs mots sur le papier tel un Tyler, The Creator dont il ne cache pas son admiration : « Ce qui est important pour moi lorsque j’écoute une chanson, c’est lorsque je peux entendre la peine, les difficultés et la douleur de la personne qui les traverse. Ça me permet de mieux comprendre l’artiste, comme sur CHROMAKOPIA de Tyler, the Creator où il est vulnérable ou 4:44 de Jay-Z. » [Source : That Good Shit, 2025]

Grâce à ce parti-pris, il livre un point de vue unique sur le monde qui nous entoure dans le but de favoriser un sentiment d’identification par le biais de messages personnels poussant à la catharsis. Même s’il s’appuie encore une fois sur son épisode carcéral pour raconter ses histoires, il parvient à éviter le piège de la redondance thématique en apportant des perspectives inédites.

C’est ici que réside toute la réflexion de ce projet en mettant brillamment en lumière la dualité de l’être humain à travers les portraits de son entourage sans oublier sa propre personne. Dans la réalisation de son auto-portrait, IDK s’érige comme le porte-parole des personnes mises au ban de la société face à celles étant socialement acceptées.

En effectuant ce parallèle, il démontre l’importance de la nuance face à la problématique de l’authenticité, de la bonté et des jugements qui peuvent en découler sans recul.

Sur “FLAKKA”, il évoque la religion comme motif d’échappatoire et de sagesse face à la brutalité de la prison :

God, how am I back? I gotta ask why we all turned religious when this shit hit the fan

I was contemplatin’ flippin’ through the Quran

Felt like I was Moses when I flipped through the Bible

Prayin’ that my celly never turned to a rival

tout en endossant la responsabilité des torts causés à sa famille sur les titres “C.O.P” et “SCRAMBLED EGGS – TBC :(” : 

I still feel regret from the people I robbed

My heart still hurt from the people I’ve harmed

I still can’t sleep from the pain that I’ve dealt

               […]

I still see visions of mama suffering

Dans cet élan d’honnêteté, il fait état de l’hypocrisie de certains individus qui, à défaut de commettre des actions répréhensibles par la loi, agissent en faisant fi du tribunal des sentiments sans être inquiétés. Il en fait part sur “MiSOGYNISTICAL” où il adresse le manque de loyauté de son ex-copine : 

  Saw a pretty little face, almost shed a tear

  But to her left, I saw she came with a friend

And broke up with this sinner as she claimed born again

                  […]

Sometimes people that’s sweet’ll be the ones that make you sour

But for every day I breathe, I ain’t givin’ ’em that power”

et poursuit enfin sur “EVERYONE KNOWS :)” en explicitant l’origine amère de l’intitulé du disque :

Evil disguised as people that really love me

Beautiful on the outside, but the inside is really ugly

Them eyes could be deceivin’

But I can see through ’em even with shades in the evening

En renversant l’image, il nous appelle à faire preuve de discernement dans un monde gangréné par un danger aux multiples visages.

Tout au long de ce disque, IDK réussit à remplir les critères de son concept mêlant à la fois cohérence, qualité et réflexion. Si les phases d’egotrip sont pour la plupart bien écrites, l’artiste est bien plus intéressant dans l’angle introspectif au sein duquel il brille par sa plume profondément honnête et tranchante.

Néanmoins, s’il a souvent été perçu comme un outsider au sein d’un paysage musical saturé, nul doute que ce projet le fera changer de statut auprès de ses pairs comme du public. De quoi bien démarrer l’année avec un opus de très grande qualité.