Les 10 meilleurs albums rap anglophone de 2019, jusqu’ici

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Les 10 meilleurs albums rap anglophone de 2019, jusqu’ici

Les six premiers mois de 2019 écoulés, il est déjà temps, comme de coutume, de dresser un bilan à date des meilleures sorties d’albums hip-hop. Quoi retenir de la scène rap anglophone à la mi-année ?

Vu le niveau exceptionnel de l’année 2018 , les attentes liées à ce millésime 2019 étaient très fortes chez les fans de hip-hop anglophone. Malheureusement, il faut bien avouer qu’à ce stade, on reste assez loin de la folie espérée, tant dans la qualité que dans la quantité. Mis à part Boogie, qui a lancé les hostilités dès le mois de janvier, les autres stars ont pris leur temps pour dégainer leur nouveau projet. L’avantage, c’est que nous avons disposé de davantage de temps pour s’imprégner de ces albums.

Malgré tout, depuis quelques semaines, les jolies sorties s’enchaînent, ce qui nous a permis de construire un top 10 de premier semestre dont nous n’avons pas à rougir. Entre la montée inexorable du rap britannique, des collaborations marquantes, les fulgurances de certains génies et la confirmation de jeunes phénomènes, la cuvée 2k19 s’avère pour le moins séduisante. Voici donc notre classement des 10 meilleurs albums hip-hop anglophones des six premiers mois écoulés.

10. Duckwrth – THE FALLING MAN

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Sortie : 17 mai 2019

Duckwrth débarque en 2019 en intégrant dans un projet d’une rare densité les singles qu’il avait présentés en 2018 (« SOPRANO » et « FALL BACK »). Si les gourmands auraient pu être en droit d’espérer avoir plus à se mettre sous la dent, les gourmets ont saisi que la virtuosité n’est pas forcément dans la quantité. The Falling Man est un projet court (un EP en fait) mais riche et qui, par la maîtrise de ses thèmes, la finesse de son expression artistique et la variété des morceaux qui le composent en font déjà un objet à écouter absolument. Il vous en coûtera 21 minutes. Le bonheur à portée d’oreille.

9. slowthai – Nothing Great About Britain

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À son zénith, le jeune Slowthai s’impose avec Nothing Great About Britain. L’album pénètre l’âme comme le froid pluvieux des suburbs d’Angleterre. Son phrasé est viscéral, ses rythmiques saccadées, ses instruments torturés. Sentiment d’urgence et mélancolie contemplative s’entrelacent, donnant lieu à d’intenses moments de poésie urbaine – « Ladies », « Gorgeous » ou « Toaster » – comme à des coups de brique rouge en pleine face – « Drug Dealer », « TN Biscuits ». L’influence de The Streets ne fait nul doute et les réminiscences de Mike Skinner hérissent les poils de bonheur. Photographie d’une Grande-Bretagne chérie autant qu’haïe, dont notre rosbif préféré se fait ici le porte-étendard.

8. Boogie – Everything’s For Sale

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Sortie : 25 janvier 2019

Californie. LA. Compton. Si ce triptyque fait frémir les fans de Rap US, c’est que la bourgade défavorisée recèle de bien des talents. Le maître des lieux, Kendrick, est bien secondé et la nouvelle vague portée par des artistes comme Boogie assure sa notoriété. En ouvrant le bal de l’année avec un opus signé sur le label d’Eminem (qui l’accompagne d’ailleurs sur « Rainy Days »), Boogie fait bien mieux que se sortir de l’ombre du grand KL. En treize tracks, Everything’s for Sale livre un récit cru et franc de la vie sous le soleil de ce côté de la Californie. Qualité technique et prods puissantes font de cet opus un beau projet rap et une valeur sûre de ce début d’année.

7. Anderson .Paak – Ventura

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Sortie : 12 avril 2019

Après la déception suscitée par Oxnard, Paak se devait retrouver sa couleur musicale. Avec Ventura, le Californien a réussi sa mission. Paak est donc revenu à une recette plus sobre, ne comptant (presque) que sur ses talents de chanteur Soul moderne. Plus tempéré que ses essais rap décousus, Anderson .Paak n’a pas besoin de forcer sa voix pour l’imposer. A l’image de « Come Home », il laisse cette partie à un spécialiste du genre, André 3000. Les invités s’accordent avec ce retour à la sobriété musicale, avec Lalah Hathaway, Jasmine Sullivan ou Brandy. L’ensemble forme un album homogène, qui s’écoute d’une traite. Ventura finalise comme une brise salvatrice la saga des plages californiennes de l’ingénieux chanteur d’Oxnard.

6. Beast Coast – Escape From New York

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Sortie : 24 mai 2019

Il s’agissait probablement de l’un des albums les plus attendus de l’année : l’album qui allait réunir toute la scène Beast Coast (Flatbush Zombies, The Underachievers, Pro Era). Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Escape From New York aura tenu ses promesses. Un projet parfaitement dosé entre bangers, morceaux très énergiques et tracks plus mélodieuses et chantées. Cette grande réunion ne profite pas à tous les rappeurs du collectif. Certains peinent à se démarquer de leurs pairs, ce qui n’est pas le cas des Joey Bada$$ ou Meechy Darko. Mais on peut dire que le « temps de parole » est respecté et équitablement partagé, tout le monde a le droit à son quart d’heure de gloire. Escape From New York est le condensé parfait de la scène Beast Coast, un doux mélange entre les univers de ces différents groupes.

5. Freddie Gibbs & Madlib – Bandana

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Sortie : 28 juin 2019

Après avoir marqué les esprits avec leur première collaboration en 2014, Freddie Gibbs et Madlib sont de retour cinq ans plus tard avec la suite tant attendue de Pinata. Bandana est différent de son prédécesseur musicalement, mais on y retrouve toujours l’aspect gangsta rap de Freddie Gibbs magnifié par les beats de Madlib. Ce dernier varie les plaisirs en alternant entre production smooth, soulful, et bangers aux accents trap, n’hésitant pas à mêler les deux dans certains titres en opérant des beat switches en plein milieu des morceaux. Quelques invités de marque que sont Killer Mike, Pusha T ou encore Anderson .Paak font leur apparition sur le projet. Bandana scelle ainsi une nouvelle collaboration fructueuse et réussie entre un génie de la production et un rappeur immensément talentueux.

4. Denzel Curry – ZUU

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Sortie : 31 mai 2019

Moins d’un an après le très bon (mais légèrement indigeste) Ta13oo, Denzel Curry était déjà de retour dans nos oreilles avec un nouveau projet intitulé ZUU. Préférant cette fois-ci un format réduit (12 tracks soit 30 minutes d’écoute), le rappeur floridien fait dans l’efficacité avec un album qui enchaîne banger sur banger. Bien lancé par l’énorme single « Ricky », ZUU transpire la chaleur assommante d’un été à Carol City, banlieue de Miami dont est originaire Curry ; mais aussi ce bon vieux Rick Ross, qu’on retrouve en invité sur l’album. Porté par les prods rutilantes de l’habituel duo australien FnZ, ZUU, sans révolutionner son art, livre un rap authentique et sur-vitaminée dans sa formule la plus actuelle. Le genre d’album qui vous aidera à faire décoller une soirée cet été.

3. Little Simz – Grey Area

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Sortie : 1er mars 2019

Little Simz  avait enchanté avec Stillness In Wonderland. La rappeuse anglaise est passée à l’étage supérieur avec Grey Area. Dès les premières mesures de « Offence », elle met la barre très haute avec son flow toujours plus incisif. Simz passe par tous les états dans ce nuage gris. La mélancolie dans « 101 FM », la dépression dans « Pressure » ou l’angoisse dans « Flowers », l’auteure s’interroge avec une intelligence rare sur sa condition de jeune femme artiste. Mais jamais elle ne cède à la facilité artistique, qui consisterait à se replier sur elle-même, bien assistée dans cette thérapie par son complice Inflo ou encore le français Astronote. Côté musique, Grey Area passe allègrement de productions rugueuses à des musiques plus soignées. Dans ces domaines, le must est à accorder à « Venom » ou le superbe « Selfish » avec Cleo Sol. Paradoxalement, cet album reste le meilleur anxiolytique à la morosité musicale.

2. GoldLink – Diaspora

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Sortie : 12 juin 2019

Pour son deuxième album, le rappeur de la capitale américaine nous offre un excitant voyage rythmé par des sonorités métissées. À l’heure de la globalisation des cultures, GoldLink fait preuve d’une véritable agilité pour que sa « Diaspora » d’influences ne se disperse jamais, évitant ainsi le casse-gueule de l’appropriation culturelle. Grâce à des invités triés sur le volet, tous plus pertinents les uns que les autres, ce brassage culturel et musical se marie à merveille avec le flow délectable de D’Anthony Carlos. Porté par le single « Zulu Screams » et son ensorcelant groove afro-house, Diaspora est un cocktail bien relevé qui s’affranchit des frontières pour nous enivrer jusqu’au crépuscule de l’été.

1. Tyler, The Creator – IGOR

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Sortie : 17 mai 2019

Armé d’un nouvel alter-ego flamboyant, Tyler, The Creator surprend son monde avec IGOR. Entièrement de son cru, de l’écriture à l’arrangement des morceaux, ce disque ne ressemble à nul autre. Les synthétiseurs caressent la prod avant de la violenter, les sonorités jouent, se fâchent puis se réconcilient. Du moins, pour un temps. Pop et expérimental, le projet flirte avec le génie foutraque de Yeezus et réinterprète la subtile touche des Neptunes. Douze titres indissociables, dans lesquels chaque nouvelle émotion vient répondre à la précédente. En toile de fond, la rupture amoureuse, dont Tyler Okonma décortique un à un les sentiments complexes, renforçant ainsi la teneur de ce chef d’œuvre.

On a aussi aimé : Not Waving, But Drowning de Loyle Carner, CrasH Talk de ScHoolboy Q, Endorphins d’Octavian, FOTO de Kota the Friend, WONDER de Jay Prince, Psychodrama de Dave, Rap or Go to the League de 2 Chainz.