Les 10 meilleurs albums rap francophone de 2019, jusqu’ici

top-meilleurs-albums-rap-francais-2019

Les 10 meilleurs albums rap francophone de 2019, jusqu’ici

Deux poids, deux mesures, dans notre classement des meilleurs albums rap francophone du début 2019. Un top en grand écart, où les Goliath n’écrasent pas les prouesses criantes des David.

Nekfeu crée l’événement avec Les étoiles vagabondes, un disque sorti dans les salles de cinéma sous la forme d’un documentaire, puis agrémenté d’Expansion. Seize nouveaux titres, qui s’intègrent en finesse dans une tracklist déjà étendue et dévoilent la cohérence d’un album de prime abord décousu. PNL lâche une bombe avec « Au DD », un clip historique tourné sur la Tour Eiffel, puis Deux Frères, un nouvel album fédérateur, qui explore de nouveaux horizons et compte plusieurs tours de forces. Hamza, quant à lui, s’inspire librement des rejetons de Young Thug pour donner vie au fantasmagorique Paradise, un road trip californien sous codéine.

L’ombre des géants ne masque pas les éclairs de génie d’artistes plus confidentiels. Bekar, le fer de lance de North Face Records, avec le sublime camaïeux d’ambiances qu’est son premier album. Makala et ses délires expérimentaux tantôt réussis, tantôt ratés, chaque fois ambitieux. Luidji, dont le talent pour les histoires bien construites éclate enfin aux yeux du public. Le Québécois Loud, qui rempile avec un nouveau succès. Sameer Ahmad, l’éternel, qui plante encore une fois sa tente en terrain abstrait. Ou encore Prince Waly, qui chevauche le rap en YZ le temps d’un projet fort et concis.

Entre neuf et trente-quatre piste, trap sombre et élans soulful, rimes ciselées et toplines nonchalantes, tous les écarts sont permis dans ce top, qui intègre même un album de producteur : celui de DJ Elite. Après notre classement des meilleurs albums rap anglophone de mi-année , voici celui des meilleurs albums francophones en ce début 2019.

10. Makala – Radio Suicide

makala-radio-suicide

Sortie : 21 juin

Makala signe son grand retour avec le très solaire Radio Suicide. Avec son frère Varnish La Piscine, il offre une performance remarquable, sur fond de joyeux bordel mélodique. Les explosions rythmiques de la SuperWak Clique sont tempérées par un lot d’insanités, susurrées avec une douceur de gentleman. Bien loin d’être une bande-son pour dépressifs à deux doigts du naufrage collectif, Radio Suicide est une machine à sérotonine. Agrégateur de flows tant rétros que novateurs, le projet s’inspire librement de The Neptunes, jusqu’à flirter avec des mélodies très funk. Encore un nouvel ovni, qui s’affranchit des genres et sent la spontanéité à plein nez. Julie Chiavarino

9. Sameer Ahmad – Apaches

sameer-ahmad-apaches

Sortie : 12 juin

Signaux de fumée dans le ciel montpelliérain pour annoncer la sortie du nouveau projet de Sameer Ahmad, Apaches. A l’image des albums précédents du rappeur, on retrouve des productions de qualité, magnifiées par une écriture toujours aussi sublime. Sameer Ahmad manie les mots à merveilles, tissant ses textes de multiples références culturelles entrecoupées de pans de vie. Une écriture sophistiquée alliée à un rap très smooth, sur un « flow comme bruit de l’eau ». Apaches vient s’inscrire dans la continuité des opus précédents d’Ahmad, gravant ainsi un peu plus son empreinte dans un rap français dont on parle moins mais qui continue d’exister. – Sébastien Laurent

8. DJ Elite – Blackbird

blackbird-dj-elite

Sortie : 24 mai

Au-delà de la prouesse accomplie de réunir sur un même album un nombre impressionnant d’artistes du paysages francophone (et même anglophone !), DJ Elite nous livre ici un projet cohérent, entre bangers efficaces et balades enivrantes. Le talent de Tortoz, Georgio, Doum’s ou encore Tengo John s’affirme tandis que le producteur porte notre attention sur Ormaz, MC issu du Panama Bende. DJ Elite reste attaché à une certaine forme de diversité musicale, en proposant à la fois des morceaux funky, boom-bap ou bien trap mais aussi des pépites comme « Morning Mist », où la voix hallucinante de beauté d’Anaika vient clôturer un album très solide et qui tombe à pic pour cette période estivale. – JuPi

7. Loud – Tout ça pour ça

tout-ca-pour-ca-loud

Sortie : 24 mai

Faire et défaire des records. Tout ce qui importe à Loud. Une année record a mis la barre très haut. Sacré défi que de battre son propre temps. Comment faire mieux, tout en faisant différent ? Ne pas changer une équipe qui gagne, dit-on. Voilà comment le montréalais sort encore une fois gagnant de la mêlée. Le sourire aux lèvres et le V de la victoire sur les doigts. Là encore, dix titres, pas un de plus. De solides hits – »Fallait y aller »– des ballades sensibles – »Sometimes, All The Time », des sons qui flattent les tympans « Jamais de la vie », des outros-bilans à la Drake – »GG »– et bien sûr, quelques réminiscences de son premier groupe LLA avec Lary Kidd – »Off The Grid ». La meilleure recette québécoise, avant la poutine. Florian Perraudin-Houssard

6. Bekar – Boréal

bekar-boreal

Sortie : 22 mars

Loin d’être le plus connu ici, Bekar se fraye un chemin parmi les gros poissons et trouve sa place comme une évidence dans notre top. Le jeune artiste de Roubaix a peut-être déjà charmé vos oreilles dans notre playlist French Cuizine. Après le prometteur clip de « Bye Bye », posté il y un an, il confirme tous nos espoirs avec le superbe « Noir et Bleu« . S’en suit Boréal, premier album enregistré sur près de deux ans. Un cocktail de rimes subtiles, posées avec agilité sur les somptueuses prods de son frère d’armes Lucci. De l’amour doux-amer de « Sucré » à « Sapologie », ode à la belle frippe et tube en puissance, se dessine entre ombre et lumière le portrait d’un futur grand. Antoine Bosque

5. Luidji – Tristesse Business

luidji-tristesse-business-59969

Sortie : 26 avril

« Créer son océan bleu », qu’ils disent dans les start-ups. Une stratégie d’entreprise, qui vise à trouver le succès loin des gros marchés, en créant sa propre niche. Lorsqu’il a choisi d’avancer en indé, avec Foufoune Palace, Luidji a vu juste. S’attendait-il à remonter une sirène dans ses filets ? Tristesse Business ne le dit pas. Son premier album conte une autre histoire. Et quelle histoire ! Dans ce disque à mi-chemin entre rap et R&B, l’artiste expose les malheurs et les doutes consécutifs à une infidélité. Une pièce de théâtre sous-marine, écrite depuis la chambre à coucher d’Arielle. Les prods revêtent une douceur aquatique et le mix une profondeur abyssale. Mettez-vous au lit, seul ou à deux, et écoutez. À couper le souffle. Florian Perraudin-Houssard

4. PNL – Deux frères

pnl-deux-freres

Sortie : 5 avril

Après trois ans de silence, le duo fraternel de Corbeil était attendu de pied ferme. Ils n’ont pas déçu. Deux frères est une odyssée. Il nous emmène dans une aventure spatiale majestueuse, qui ne cherche pas à étouffer l’espace. Au contraire, l’album utilise son infinité pour aérer la musique. Céleste et insoumise aux lois de la gravité, l’esthétique est magnifiée par un mix d’une élégance rare. Le disque aborde des thèmes terre-à-terre : l’amour, la mort, la forte relation fraternelle qui unit Ademo et NOS, ainsi que l’attachement à leur quartier. Leur plume s’est affinée, troquant la facilité au profit d’une poésie plus travaillée et plus efficace, qui exprime la même mélancolie sempiternelle. – Théo Hauquin

3. Hamza – Paradise

hamza-paradise

Sortie : 1er mars

À l’origine d’un raz-de-marée médiatique, Paradise, le premier album officiel de Hamza, était loin de mettre tout le monde d’accord. Les critiques se sont cristallisées sur le manque de fond, critiquant un artiste qui n’a jamais brillé pour ses talents d’écriture. Difficile pourtant de ne pas reconnaitre l’immense qualité de ce disque. La production, tout d’abord, avec à la baguette Ponko, Ikaz Boi, ou encore Nico Bellagio. De même, on souligne les talents de topliner du Sauce God, qui nous livre parmi les mélodies les plus efficaces de ce premier semestre. Dans un rap qui peine à produire de la musique durable, Hamza tire son épingle du jeu avec un album qui colle à la peau plusieurs mois après sa sortie. Antoine Bosque

hamza-paradise-chronique
A voir également Hamza – Paradise

2. Prince Waly – BO Y Z

boyz-prince-waly

Sortie : 18 janvier

Prince Waly est devenu roi, BO Y Z  est la B.O. de son couronnement. À califourchon sur une Yamaha, le montreuillois s’inspire de la black culture pour tracer son chemin sur la feuille. Membre de la génération Y proche de ses homologues Z, le jeune OG livre une œuvre trans-générationnelle. Neuf pistes qui témoignent de son génie ainsi que de ses connexions. Chaque invité déboule en Y avec un nouvel univers lumineux. Les textes ciselés font saigner comme des blood diamonds, un mix précieux sublime son style doux et chanté, les prods de Timothée JolyFord Stems et confrères éclatent de pureté. Enfin, le prodige Valentin Petit polit chaque joyaux avec des vidéos exceptionnelles. Pas une fausse note. Florian Perraudin-Houssard

1. Nekfeu – Les Étoiles vagabondes : expansion

nekfeu-etoiles-vagabondes-expansion

Sortie : 6 juin

Trois ans d’attente avant que Nekfeu ne se livre enfin dans un nouvel album. Et quel album ! D’abord par son format : 34 titres répartis sur deux disques, dotés d’un génial packaging et lancés par un film à séance unique. Nekfeu explore dans ce disque la face sombre de son âme, entre mal-être, amours perdus et craintes quant au sort de notre planète. Le tout, avec une qualité d’écriture rarement atteinte. Car Nekfeu est avant tout un technicien hors pair, démontrant sur chaque morceau ô combien il maîtrise l’art de la multi-syllabique. L’écoute ne laisse personne indemne, tant la spontanéité et l’absence de pudeur touchent, voire mettent parfois mal à l’aise. Avec Les Étoiles vagabondes, Nekfeu semble être parvenu à mettre des mots sur ses maux. JuPi

Mentions honorables : Une nuit avec bon gamin de Loveni, Vréalité de Kekra, Drapeau Blanc de Lord Esperanza, Fake Love de Di-Meh, BLO de 13 Block, Période d’essai de Kobo ou encore l’inclassable Le Regard qui Tue de Varnish La Piscine.

Ne manquez pas la version anglophone de ce top album de mi-année, ci-dessous :