Buddy : « Je ne sais pas vraiment si je veux devenir une star »

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Buddy : « Je ne sais pas vraiment si je veux devenir une star »

De passage à Paris pour un showcase bouillant au Wanderlust, Buddy est un homme comblé.

Un après la sortie d’Harlan & Alondra, son premier album studio acclamé par la critique (et notamment par nous, son album finissant à la première place de notre top albums 2018), le rappeur de Compton a été invité par J. Cole et Dreamville pour faire partie de la sélection All-Star de la compilation Revenge Of The Dreamers III sortie le 5 juillet. Entre deux avions, et un jet lag ayant mis à mal cette interview, Buddy nous a accordé un moment pour discuter de son année passée et de ses projets à venir. Rencontre.

BACKPACKERZ : Je voulais commencer par te montrer le top de l’an dernier sur notre site : tu es numéro 1. On doit probablement être le seul média à t’avoir mis à cette place.

Buddy : Wow, ça tue ! Qui est deuxième ? Pusha T ? Vous m’avez mis au dessus de Flatbush (Zombies), de Jay (Rock)... Merci les gars, ça représente beaucoup pour moi.

Ton album, Harlan & Alondra, est sorti en juillet de l’an dernier. Quel bilan en fais-tu un an après, notamment de sa réception publique et critique ?

Je prends tout ça en effet différé, tu vois ce que je veux dire ? Ça a mis tellement de temps à voir le jour… Les gens qui me suivent depuis le début étaient excités que je sorte mon premier album. C’était aussi un défi de sortir de la musique pour les gens qui ne me connaissaient pas encore. Ils pouvaient découvrir ce que je valais, qui je suis et je pense avoir réussi à donner ma personnalité à ce projet. Je voulais que le public me rencontre à travers cet album.

Tu ne veux toujours pas être connu, comme tu le rappes dans ton album ?

Non, je ne veux toujours pas ! Si je peux être riche et ordinaire, ce serait une bénédiction. Mais après tu sais, on ne peut pas éviter certaines choses. Surtout que j’ai une personnalité assez enjouée et que je finis souvent par me mettre en avant dans la vie. Difficile d’éviter la célébrité à ce stade.

Je voulais que le public me rencontre à travers cet album

Est-ce que tu sens un changement de regard à ton encontre dans le monde du rap ?

A fond ! Tout le monde me voit comme le gars sûr maintenant, un rappeur qui compte. Je l’ai entendu de gens qui me l’ont dit en face.

On a également publié un article sur le duo de producteurs Mike & Keys, qui produit la majorité de ton album. Peux-tu nous en dire plus sur la relation qu’il y a entre vous ?

Mike & Keys m’ont poussé à être la meilleure version de moi-même. Ils ne sont pas du genre à dire oui à tout, à tout valider, c’est même carrément des « no man« . Toujours là à dire : « Ça ne va pas, fais mieux, reviens plus fort que ça ! ». « C’est quoi cette weed ? Qu’est-ce qu’on fume ? Cette bouffe est naze ! Pourquoi tu traînes avec ces filles ? ». Ils sont comme mes frères, comme des grands frères. Ils font en sorte que tout se passe au mieux pour moi.

Avec eux, tu réussis à synthétiser un certain son West Coast, à la fois ensoleillé et nostalgique. On ressent une totale alchimie entre vous.

J’étais sans cesse en studio avec eux, quasiment tous les jours, trois ans de suite ! On a des milliers et des milliers de morceaux. On a juste sélectionné les 13 meilleures selon nous et on s’est focalisé dessus pour construire le meilleur album possible. Et on recommence la même chose !

Tu re-travailles avec eux sur un nouvel album ? Vas-tu t’ouvrir à d’autres producteurs, notamment Pharrell, qui était absent de ton premier projet ?

Oui avec eux, et un tas de nouveaux producteurs. Sur un tout nouvel album. Pour cette année normalement. Sinon, je continue évidemment de travailler avec Pharrell, il m’a donné quelques prods pour ce nouvel album. On est toujours des potes et on essaie de donner le meilleur.

Qu’est-ce qu’on peut attendre de ce nouveau projet ?

Ça va tuer ! Il est fait pour donner des bonnes ondes. « Only good feelings ». Ce sera aussi l’occasion de faire le point sur mes expériences depuis la sortie du premier album, transformer ça en matière créative pour ce nouveau projet.

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@la_degaine

En parlant de Mike & Keys, impossible de ne pas évoquer la mort de Nipsey Hussle (le duo de producteurs a produit en majorité son album Victory Lap, sorti l’an dernier). Comment as-tu vécu cette tragédie ?

On était tous en train de pleurer ! Mike & Keys, moi, tout le monde au studio était en train de chialer. On a mis du Nipsey aussi fort que possible, on a littéralement vidé nos cœurs ce soir-là. On est allé aux funérailles, on est passé dans le quartier, on a fait tout ce qu’on pouvait faire ! C’était un jour triste et il manquera beaucoup mais le marathon continue (« The Marathon continues ») !

En assistant à toutes ces tragédies, la vie d’un rappeur est-elle plus menacée qu’ailleurs ?

Nan… Je ne pense pas. Les footballeurs et les athlètes meurent aussi. Tout le monde meurt…

Mais pas dans ces circonstances…

Je pense que cela a moins à voir avec la musique qu’avec simplement une culture du gang et de la violence. Ce n’est pas comme s’il avait été tué parce que c’était un rappeur cool. Il y a peut être de la jalousie dans ces trucs de gangs mais pour moi ce sont deux mondes séparés. Ce n’est pas les Crips contre le monde de la musique à mon sens. Son meilleur ami c’est YG, qui pleurait aux funérailles et c’est un Blood ! C’est plus une question d’ignorance dans la communauté que d’industrie de la musique.

On va parler de tes influences. Au-delà de l’hommage direct à Outkast dans l’album, je vois aussi l’influence d’un groupe comme Bone Thugs-N-Harmony, notamment dans le single « Shine ».

Bone Thugs ? Oui je les ai écouté! Il y a définitivement un flow à la Krayzie Bone (leader du groupe, ndlr) dans « Shine ».

J’ai toujours été confronté au spectacle dans mon enfance, tout cela est naturel pour moi.

Qu’est-ce que tu écoutais plus jeune ?

Clairement le gangsta rap de la West Coast, du R’n’B… J’ai grandi à l’église, donc j’ai beaucoup écouté de church music. Je chantais dans un chœur plus jeune, mon père dirigeait ce chœur, il était très influencé par la musique. J’ai toujours été au milieu de tout ça, ces instruments, chanter avec les autres… J’ai grandi dans ce conservatoire, appelé AGC (Amazing Grace Conservatory) où on apprenait à jouer et à danser. On jouait des pièces de théâtre, on apprenait des chansons, des chorégraphies… J’ai toujours été confronté au spectacle dans mon enfance, tout cela est naturel pour moi.

Tu as participé aux sessions de Revenge Of The Dreamers III avec Dreamville…

Oh j’ai tué ça ! Je suis MVP.

Tu es même sur un des premiers singles, « Costa Rica ». Est-ce une chance de faire partie d’une telle expérience collective ? Comment l’as-tu vécue ?

Ouais complètement ! Ça ressemblait à une réunion secrète d’un groupe de super-héros et j’ai eu mon invitation ! Tu te rappelles de la Justice League ? Ça ressemblait aux débuts de la Justice League, juste Superman et Batman qui se demandaient de qui ils avaient besoin. Et j’étais là, je me sentais comme… Flash (il imite le son de la vitesse).

Comment as-tu réagi quand tu as reçu l’invitation ?

J’essayais de rester cool en surface mais au fond de moi j’étais super excité ! Je voulais surtout poster l’invitation sur les réseaux sociaux, parce que tout le monde avait eu la sienne avec son nom dessus, et je n’avais pas encore reçu la mienne. Je savais qu’ils voulaient que je vienne, alors je leur ai demandé de me l’envoyer. Je voulais poster ça pour que le monde entier sache. C’est comme franchir un cap. « Oh Buddy y va aussi ? Putain ! ». C’était la partie excitante.

Ce n’est pas ta première fois à Paris. Pour un gars de Compton, qu’est-ce que cela représente de partager son art à travers l’Europe ?

C’est un sentiment incroyable. Je sens que j’inspire d’autres personnes de ma ville. La Californie peut continuer à croire en ses rêves, tu vois ce que je veux dire ? Qu’ils viennent ici à leur tour et le fassent pour eux-mêmes. Ce serait un truc du genre : « Tu peux le faire toi aussi ». C’est ce genre d’inspiration que je ressens quand je viens ici.

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@la_degaine

Ton album a une identité musicale assez portée sur la chaleur des productions, le coté instrumentation live. Est-ce quelque chose que tu as en tête pour tes concerts sur scène ? Est-ce que tu travailles avec un live band ?

J’aime beaucoup les instruments live, ayant grandi avec ça. Ça sonne différemment des synthés, des beats composés sur ordinateur. Tu peux entendre le piano live, la guitare live, ça touche d’autres cordes sensibles, d’autres fréquences dans ton cœur. Pour l’instant c’est juste mon DJ et moi, je ne peux pas encore me permettre de voyager avec sept musiciens pour m’accompagner. Aussi tentant que ce soit. Je suis en train de faire mon argent ! C’est pour ça que je vais sortir un nouvel album, pour que je puisse payer des musiciens qui voyageraient avec moi. C’est vraiment un truc que j’aimerais faire.

Qu’est-ce qui te manque à ton avis pour vraiment exploser et devenir la star que tu pourrais être ?

Je ne sais pas vraiment si je veux devenir une star. Je suis juste là à kiffer, faire de la musique avec mes amis, voyager dans le monde, montrer aux gens de quoi je suis capable et j’essaie de faire ça aussi longtemps que possible ! Je n’ai pas de grand but, ni d’attentes particulières. Je vis ça au jour le jour, je fais mes morceaux, je les sors et je vois ce que les gens en pensent.