6LACK : « Toute ma vie est connectée autour du 6 »

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6LACK : « Toute ma vie est connectée autour du 6 »

Désormais parmi les noms qui comptent quand on évoque la ville d’Atlanta, 6LACK reste un homme simple, à l’image des claquettes-chaussettes (de grande marque, évidemment) qu’il arbore au moment de cette interview. Rencontre avec celui qui vient tout juste de nous gratifier de son second album East Atlanta Love Letter.

BACKPACKERZ : Tu es actuellement en tournée. Est-ce que tu ressens un changement dans ton statut et ta relation avec le public depuis la sortie de ton nouvel album ?

6LACK : Je n’ai pas pu encore vraiment m’en rendre compte chez moi. La première partie de ma tournée était en Afrique du Sud, en Australie… les gens me regardaient un peu bizarrement en me reconnaissant dans la rue. Depuis la sortie de l’album, je peux sentir une certaine différence mais ce n’est pas la folie pour autant.

Pour le premier album, tu avais aussi fait une tournée de la même ampleur ?

C’était beaucoup plus tranquille. Mais avec le second album, ça a vraiment changé. Ça m’a permis de voir ce qu’il m’était possible de faire ou pas sur scène et de m’adapter.

Toute ma vie est connectée autour du 6.

Pour lancer ta carrière, tu étais parti à Miami mais ça ne s’était pas vraiment passé comme prévu (signature compliquée sur le label de Flo Rida, Strong Arm, en 2011). Quels sont les lieux où tu enregistres tes morceaux dorénavant ?

Pour le premier, j’avais commencé à travailler les premiers morceaux (« PRBLMS », « Ex Calling », « Getting Old » et « Worst Love ») à Atlanta et je l’ai terminé en grande partie à L.A. Je suis arrivé là bas en août 2016 et l’album est sorti en novembre. J’étais en studio tous les jours jusqu’à ce que mon cerveau n’en puisse plus.

Ça a été super rapide et productif. Quand j’avais une idée, je restais en studio, je m’obstinais à la travailler et voir ce qui pouvait en sortir. D’août à octobre, je n’ai fait que travailler.

Tu es né en juin, tu as appelé ta fille Syx, tu viens de la zone 6 à Atlanta. Vois-tu toujours ce chiffre comme un code pour décrypter ton monde ou simplement un porte bonheur ?

C’est un chiffre qui représente énormément pour moi : c’est à la fois un porte bonheur et un fil conducteur dans ma vie. J’ai choisi ce chiffre pour me représenter et je le représente à mon tour. Toute ma vie est connectée autour du 6.

Dans le morceau « Scripture », tu décris ta musique comme du « rnb with a hip-hop core ». Tu as su trouver le bon équilibre entre vulnérabilité et l’attention portée aux lyrics. D’où viennent tes influences qui t’ont conduit à ce résultat ?

En grandissant, j’ai regardé beaucoup de battle rap en essayant de m’en inspirer pour l’écriture. A cette époque, j’étais plus orienté vers les figures de style : jeux de mot, métaphores, ce genre de trucs. Je me suis ensuite tourné plutôt vers le versant soul et r’n’b. J’écoutais Erykah (Badu), Sade, Brandy, Michael (Jackson) ou Prince. J’essayais de trouver un moyen d’incorporer cet aspect soul à ce que j’avais appris en terme d’écriture rap.

Sur East Atlanta Love Letter, il s’agit de moi qui me défait de cette situation qui ne me convenait plus.

Donc tu viens plutôt du rap au départ ?

Oui, vu que je viens d’Atlanta, on peut d’ailleurs ressentir pas mal d’influences trap dans certains morceaux, sur un drum ici et là, comme sur «Ex Calling».

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© Basqui

Quand on écoute ta musique, on a souvent l’impression que tu es dans une perpétuelle conversation avec toi-même. Sur le premier album, c’est comme si tu étais en thérapie, presque douloureux. Le deuxième est plus positif, comme si tu t’ouvrais davantage en tant que personne. Tu penses que c’est une des conséquences de ta nouvelle vie, plus spécifiquement depuis la naissance de ta fille ?

Oui, clairement. Sur le premier album, j’étais beaucoup plus concentré sur moi-même, mes pensées, mes sentiments, ce que j’étais en train de traverser et comment j’allais m’en sortir. Pour ce deuxième album, j’ai davantage mis ma situation en perspective. Il s’agit plus de ma relation avec les autres, comment être au clair avec moi-même, montrer l’exemple à ma fille. Je me sentais coincé dans une situation et j’essayais de comprendre comment je pouvais en sortir. Sur East Atlanta Love Letter, il s’agit de moi qui me défait de cette situation qui ne me convenait plus.

Pour ce nouvel album, tu as dit en interview que ton approche d’écriture était lié à un mot, « perspective », comme un thème central. Une manière d’opérer que tu avais déjà expérimenté sur ton premier album. Est-ce que tu vas répéter cette façon de travailler sur tes prochains projets ?

Je ne sais pas du tout comment je vais aborder le prochain album. Pour moi, ce sera le début d’une nouvelle histoire. Pour le moment, j’ai besoin de m’asseoir, prendre le temps de vivre, prendre une pause pour pourvoir identifier un sujet clair sur lequel je pourrai travailler.

Comme sur le premier album, tu travailles avec beaucoup de producteurs différents mais tu réussis à conserver une homogénéité dans les mélodies. Peux-tu nous expliquer le processus de production sur ce deuxième album ?

La plupart du temps, le processus commence avec moi et mon pote Singawd. Il a beaucoup fait sur le premier album et il a supervisé le deuxième en tant que producteur exécutif. Lui et moi, on démarre et on fait entrer d’autres producteurs dans la boucle comme Bizness Boi ou Fwdslxsh. Donc Singawd, mon ingé son JT Gagarin et moi, on fonctionne comme un collectif. Ramener d’autres gens ramène aussi de nouvelle idées, comme avec Jakob (Rabitsch, producteur exécutif également), qui a beaucoup apporté à mes deux projets. Soit je travaille mes idées de mon coté, l’écriture du texte, et eux travaillent des mélodies, soit on travaille en cohésion sur un morceau.

L’idée de faire un album avec un producteur unique, c’est quelque chose que tu peux envisager ?

Oui, j’y ai pensé récemment. Même si le prochain album n’est pas articulé autour d’un seul producteur, je veux prendre du temps pour faire un projet en parallèle avec un unique producteur. Contacter quelqu’un, faire un vrai projet, peut-être seulement un EP de 6 titres puis un autre projet avec un autre producteur, etc. Si ces choses peuvent former une matière de travail, alors OK. Si je peux piocher ici et là des choses pour un autre album, alors je le ferais. Je n’ai pas de règles, je bosse comme je le souhaite.

Vu qu’on est en France et qu’on parle de tes producteurs, parlons de ta collaboration avec Stwo (producteur français qui a notamment collaboré avec Drake, Nekfeu ou Lomepal). Comment s’est faite la connexion avec lui ?

J’étais à Toronto et lui aussi. Singawd l’a contacté, on s’est rencontrés. C’est un peu comme ça que ça s’est fait avec la plupart des producteurs sur cet album. Singawd les contacte par internet pour les faire rentrer dans mon équipe.

Je sais forcément qu’on va parler de moi désormais quand on va évoquer Atlanta.

Tu n’avais aucun featuring sur le premier album, tu en as 4 sur le dernier. Comment as-tu fait pour adapter ton univers artistique très personnel à des grands noms comme J. Cole ou Offset ?

Comme je l’ai dit, cet album était orienté autour de la perspective, je voulais apporter des idées nouvelles venant d’autres personnes. Les morceaux en featuring étaient déjà à moitié terminés, et puis j’avais une idée : « Ce serait bien si Future posait sur ce morceau ». Pour « Pretty Little Fears », je l’ai joué à Cole et il m’a dit qu’il voulait faire partie du morceau. Je pense que je leur donne une opportunité de parler de choses dont ils ne parlent pas sur leurs propres albums. C’était assez facile pour moi car j’ai fait ce que j’aurais fait habituellement et on était en adéquation avec les autres artistes qui se sont ajoutés.

Tu crois que c’est parce que tu es plus connu maintenant que tu peux atteindre ces artistes plus facilement ?

Quand je rencontre un autre artiste, l’objectif premier n’est pas forcément de travailler ensemble. C’est plutôt de créer un lien, savoir qui il est vraiment, si on est fait pour s’entendre artistiquement. Je rencontre des personnes en permanence, ça ne veut pas dire que tu click avec tout le monde au premier contact. Avec Future, Offset, Cole, ça l’a fait dés le départ.

Est-ce que tu as l’impression de faire partie de la grande famille musicale d’Atlanta maintenant ? Tu te sens suffisamment légitime ?

Oui, quand je rentre chez moi, je remarque la différence. Quand je fais des choses de la vie quotidienne, les gens me regardent. Je peux voir leur fierté. Je sais forcément qu’on va parler de moi désormais quand on va évoquer Atlanta. J’emporte cette fierté avec moi partout où je vais.

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© Basqui

Tu as l’impression d’être toujours la même personne ? Même dans une chambre d’hôtel comme celle-ci ?

Oui j’ai vraiment le sentiment d’être la même personne que j’étais avant que ma carrière décolle même si j’ai personnellement grandi. J’aime la même nourriture, je garde les mêmes habitudes, je passe mon temps dans les mêmes endroits.

Au tour de la question clichée mais inévitable. Selon toi, quelle est la clé du succès d’un second projet ?

Tout dépend de la personne que tu es. Après un premier projet, si tu prends trop la confiance ou si au contraire tu angoisses, tu peux tout faire foirer dans les deux cas. La clé, c’est de rester naturel, ne pas trop lire les critiques, rester soi-même et donner le maximum pour devenir meilleur. Et le reste va suivre. Tu dois être capable de te regarder dans le miroir et te dire : « J’ai fait correctement les choses pour en arriver là ». C’est ce que j’ai fait pour ce deuxième album, j’ai travaillé dur, j’ai l’impression de m’être amélioré.

As-tu toujours en tête ton album de rêve ? Comment vois-tu l’avenir proche ?

Je ne sais pas quel sera le processus pour le prochain album, mais je peux te garantir que ça va être difficile. Il y aura beaucoup de morceaux faits, beaucoup de morceaux qui ne seront pas gardés, mais c’est comme ça que ça marche.


Merci à Élodie Sophie et Antoine Fournier pour leur aide précieuse, et à Basqui pour les photos. Merci au Majestic Spa Hotel (Paris 16) pour nous avoir accueilli pour l’entrevue.