Scylla nous parle de son nouvel album ‘BX Vice’

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Scylla nous parle de son nouvel album ‘BX Vice’

Quelques mois après le succès rencontrĂ© avec Sofiane Pamart sur l’album Pleine Lune, Scylla revient dĂ©jĂ  avec un nouvel album solo plus instinctif, spontanĂ© et musclĂ© : BX Vice.

Nous avons donc pris le temps avec lui de chercher Ă  comprendre l’origine de cette inspiration, les mĂ©canismes articulant sa discographie, le choix des productions mais aussi des invitĂ©s et des thĂ©matiques abordĂ©es. Comme Ă  chaque fois, Scylla prend le temps de dĂ©tailler ses rĂ©ponses pour mieux livrer Ă  ses auditeurs les clĂ©s de lecture d’une oeuvre Ă  la fois complexe et universelle. Echange avec une des plus belles plumes que le rap francophone a la chance de compter dans ses rangs.

BACKPACKERZ : Commençons par le timing de création de cet album : il a été écrit après Pleine Lune ? 

Scylla : Après la sortie de Pleine Lune, j’ai eu une envie subite de revenir aux “sources”. Envie de rapper ! Me laisser aller. M’amuser.  J’ai commencé par écrire deux-trois titres puis tout s’est enchaîné très vite. Tout a été écrit à Bruxelles. 

L’ambiance gĂ©nĂ©rale de l’album est Ă  la fois plus musclĂ©e mais aussi moins mystique et cĂ©rĂ©brale que tes albums passĂ©s… Pourquoi cette volontĂ© ?

Ce n’Ă©tait pas une envie de montrer mes muscles ! Je pense que c’est dĂ» au projet avec Sofiane, pour lequel je me suis volontairement mis dans une bulle d’ultra-sensibilitĂ©. J’ai donc ensuite Ă©prouvĂ© le besoin de combiner cette sensibilitĂ© Ă  de la force et de la dĂ©termination. BX Vice est un album que je pourrais rĂ©sumer en quelques mots-clefs : laisser-aller, spontanĂ©itĂ©, amusement. 

J’ai voulu revenir avec quelque chose de moins sombre, moins cĂ©rĂ©bral. Je ne voulais pas d’un Abysses 2. Ă€ chaque Ă©poque son Ă©tat d’être : au moment oĂą je suis arrivĂ© dans le rap en solo, j’avais plutĂ´t la rĂ©putation d’être un technicien, un kickeur de freestyles face Ă  la camĂ©ra. C’est Ă  cette mĂŞme Ă©poque que j’ai reçu une sĂ©rie de propositions de maisons de disque françaises, que j’ai refusĂ©es pour privilĂ©gier une dĂ©marche purement indĂ©pendante. Ça a commencĂ© Ă  dĂ©coller pour moi. Je me suis retrouvĂ© sur des scènes oĂą je voyais des milliers de personnes chanter mes paroles, et les plus mĂ©morisĂ©es Ă©taient souvent les plus “hardcores”. Je me suis alors remis en question, et s’en est suivie une pĂ©riode de recherche de sens. En a rĂ©sultĂ© l’album Abysses, avec son cĂ´tĂ© plus sombre et torturĂ©, mĂŞme si l’objectif artistique Ă©tait d’utiliser l’obscuritĂ© comme support pour mieux faire jaillir la lumière, pour qu’elle se rĂ©vèle plus clairement. Ça n’a peut-ĂŞtre pas toujours Ă©tĂ© compris comme ça. 

Dans la pĂ©riode qui a suivi Abysses, j’ai trouvĂ© une sĂ©rie de rĂ©ponses Ă  mes questions, je me suis senti plus lĂ©ger, j’ai commencĂ© Ă  dĂ©velopper une vĂ©ritable passion pour la spiritualitĂ©, toutes traditions confondues, ainsi que pour la philosophie. Ce sont des domaines de connaissances tellement incroyables ! C’est alors qu’est arrivĂ© l’album Masque de chair, qui est beaucoup plus mystique, spirituel. C’est en quelque sorte la victoire de l’Esprit sur la noirceur des profondeurs abyssales. Et enfin, Pleine Lune, qui lui est dans l’émotion pure. 

Où que j’aille, je suis toujours Bruxellois, que je le veuille ou non.

Dans l’album BX Vice, la thĂ©matique la plus rĂ©currente est finalement l’affirmation de la libertĂ© individuelle et de l’identitĂ© singulière : « NVM » (“ArrĂŞtez tous de me dire ce qu’il faut ĂŞtre. Allez tous niquer vos maĂ®tres !”), « Hollywood », « Madame X », « La plume qui me prend », « Toujours », « Bx Vice », …. 

En toute franchise, si mon art est globalement plus positif ces derniers temps, c’est que je n’en peux plus d’être catégorisé artiste “sombre”. Ça n’a jamais été mon objectif. En plus, j’ai pris goût à ne jamais frapper deux fois au même endroit, comme la foudre. Surprendre ! C’est devenu un vice ! (rires)

Qu’est-ce que cela fait de ne plus ĂŞtre avec Sofiane, tant vous ĂŞtes complĂ©mentaires. Ça n’a pas Ă©tĂ© trop dur de s’y remettre seul ?

Au contraire. J’adore travailler avec Sofiane, combiner nos énergies créatrices. Mais en vrai, j’ai toujours eu un tempérament très solitaire dans la création, au moment de l’écriture en tous cas. Ça m’a donc fait du bien de me remettre en tête-à-tête avec moi-même ! Partir dans des énergies qui m’avaient manquées ces dernier temps.

Qu’as-tu retenu de cette expérience vécue à deux, avec le recul que tu possèdes à présent ?

Des moments de ouf ! Niveau création. Sofiane est quelqu’un de brillant et de très inspirant artistiquement. Nos tempéraments sont très différents, mais leur combinaison fonctionne à merveille. Et sur scène, cette formule piano-voix, ça me fait vraiment kiffer ! Ça me correspond pleinement cette atmosphère intimiste, qui mise sur la force d’interprétation pure. On ne peut se cacher derrière rien ni personne. C’est complètement différent d’une scène “rap” et c’est une toute autre forme d’intensité.  

Parle nous du choix de tes invitĂ©s sur ce nouvel album…

Je disais que BX Vice Ă©tait l’album de la spontanĂ©itĂ©. Et bien, pour les feats c’est pareil ! Je n’ai rien cherchĂ©, ce sont eux qui sont venus Ă  moi. YL, on s’est retrouvĂ© ensemble sur une scène, le feeling est passĂ© humainement, il m’a tĂ©moignĂ© Ă©normĂ©ment de respect, j’ai aimĂ© son Ă©tat d’esprit, on s’est retrouvĂ© en studio après et bim, le processus Ă©tait lancĂ©. Jones Cruipy mĂŞme genre de situation : il m’a demandĂ© un feat, je l’ai donc rencontrĂ©, et au final j’ai pris le titre sur mon album, je trouvais que ça faisait sens. Lui aussi transpire BX ! 

Parlons de l’imagerie attachée à la cover de l’album : l’univers des Yakusa. Qu’est-ce qui t’attire dans ce milieu ?

Rien (sourire). Ce n’est pas la mafia qui m’attire. La photo sur la pochette a Ă©tĂ© prise lors du tournage du clip “Hollywood” au Japon. C’est sans doute le morceau qui va le plus loin dans la thĂ©matique de l’identitĂ©, il synthĂ©tise donc assez bien l’album. En plus, la Japon a une place importante dans l’imagerie de BX Vice puisque la moitiĂ© des clips y ont Ă©tĂ© tournĂ©s. Le cĂ´tĂ© Yakuza, tatouĂ©, etc. c’est vraiment pour illustrer la libertĂ©. C’est une façon d’envoyer un signal : “je fais ce que je veux, personne ne va rien me dire”. Puis je trouve que cette photo synthĂ©tise bien l’énergie de l’album. Comme je le dis dans le titre “Toujours” : “Ici la poĂ©sie est toujours persistante (costard, classe, cerisiers du Japon, …), mais la poĂ©sie est nerveuse (kendoka Ă  l’arrière, tatouages, petit cĂ´tĂ© Yakuza, …)”. Enfin, j’aimais l’idĂ©e du : oĂą que j’aille (BrĂ©sil pour le clip « Ronaldo 9 », Japon pour les clips « NVM » et « Hollywood », …), je suis toujours Bruxellois, que je le veuille ou non.

N’est-ce pas un tacle à peine déguisé envers ceux qui, dans le rap, se créent un personnage pour viser un public et atteindre le plus d’audience possible ?

C’est une sorte de tacle à toute personne qui serait prête à être quelqu’un d’autre, opposé, pour plaire. C’est un avertissement que je me fais aussi à moi-même. Ce n’est pas une leçon de morale ! C’est d’ailleurs moi qui joue différents personnages dans le clip. Mais qui n’est pas confronté à cette problématique en vrai ? Cite-moi un seul exemple. Cette conformité au regard des autres, ce qu’on est prêt à faire pour se sentir aimé ! J’ai simplement  ironisé la situation dans le titre “Hollywood”, je me suis mis dans la peau de quelqu’un qui joue de cette situation, qui commence à manipuler les autres en jouant des rôles qui les séduisent, mais qui finit évidemment par se perdre lui-même (d’où la mélancolie du titre).  

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© JuPi

Côté producteurs, on retrouve des gens avec qui tu as l’habitude de bosser, d’autres non : comment as-tu fonctionné ? 

Encore une fois, spontanĂ©itĂ©. Le premier morceau que j’ai Ă©crit c’est “Madame X”, sur une prod de Lionel Soulchildren (Ă  qui l’on doit des titres comme « Le Voile des Mots », « Seconde Souffle », « Vivre », « Qui Suis-Je »,…), assez Mob Deepienne. Ensuite ce fut “La Plume Qui Me Prend”, une prod de Greenfinch (qui avait dĂ©jĂ  produit le titre « Chopin »). J’ai aussi mis Greenfinch en binĂ´me avec un jeune beatmaker français du nom de Ysos sur un titre comme « Mufasa », pour apporter quelque chose de nouveau niveau sonoritĂ©. Leur binĂ´me a très bien fonctionnĂ© ! On retrouve aussi un beatmaker bruxellois qui produit beaucoup pour Hamza, Damso etc, c’est Ponko. On le retrouve sur les titres “NVM” et “Mon Amazone”. On retrouve aussi d’autres beatmakers bruxellois comme Young Veterans (qui ont produit « Ronaldo 9 » ainsi que mixĂ© et rĂ©alisĂ© tout l’album) et Soulplayer qui a signĂ© la prod du titre avec YL (et qui avait dĂ©jĂ  produit “Faites-Nous Mal Qu’on Se Sente Vivre” et “Cherche” avec Furax). Enfin, sur BX Vice, on retrouve les fameux Katrina Squad (producteurs de SCH, Ninho, …).

Je préfère donc remplir ma fonction d’artiste, en ayant une force de proposition, plutôt que de me soumettre à des attentes virtuelles du public, que tu ne peux de toutes façons pas anticiper

Justement, la prod de « La Plume Qui Me Prend », comme tu le dis, fait penser aux Chevalier du Zodiaque…

J’ai écouté cette prod, je suis parti dessus direct, en deux heures le titre était plié. Ça a glissé tout seul. Spontanéité ! 

Tu as deux morceaux sur l’album qui traitent de ton travail d’écriture. D’abord « Madame X »qui est une allégorie de ton inspiration, et « La Plume Qui Me Prend ». Sur ce titre, tu reviens sur ta relation à l’écriture. Tu évoques souvent dans tes morceaux ce rapport, a-t-il évoluée avec le temps ?

Au dĂ©part, je n’écrivais que pour moi. Quand tu Ă©cris sans aucune finalitĂ©, si ce n’est de rĂ©pondre Ă  ton besoin de crĂ©er, c’est quand mĂŞme autre chose que quand tu as un public, un album Ă  envoyer publiquement Ă  des dizaines de milliers de personnes. C’est mon mĂ©tier. Il y a donc naturellement d’autres considĂ©rations qui entrent en compte. L’enjeu est de pouvoir malgrĂ© tout garder cette “plume de cĹ“ur”, spontanĂ©e, cette “plume originelle” (dont je parle dans l’album Abysses). Ici dans BX Vice, je commence l’album en disant que je vais lĂ  oĂą « Madame X » me mène. A l’époque de mes freestyles et de “BX Vibes”, les gens m’attendaient sur un album de pur kickage, mais je suis arrivĂ© en contre-pieds avec Abysses. C’est passĂ© ! Ils m’attendaient donc ensuite sur un second album style Abysses, j’ai pris le contre-pied avec Masque de chair, puis avec Pleine Lune. C’est passĂ© ! Maintenant qu’ils se sont habituĂ©s au rĂ©pertoire Ă©motif de Pleine Lune, j’arrive en contre-pied avec BX Vice, mais toujours en restant fidèle Ă  cette plume originelle, c’est la clef, ce qui fait ma singularitĂ© en tant qu’artiste. Et vu les retours de ouf que j’ai concernant l’album, il semble que ce soit Ă  nouveau passĂ© (rires) ! En espĂ©rant qu’ils prennent goĂ»t eux aussi Ă  ces surprises et me fassent confiance dans mes propositions.     

D’ailleurs, ton premier single post-Pleine Lune a été « Ronaldo 9 ».

Exactement ! Celui qui prend le plus le contre-pied avec Pleine Lune. C’était pour envoyer un premier signal clair : attendez-vous Ă  quelque chose de diffĂ©rent ! Au dĂ©but, avec les premiers clips de Pleine Lune (« Solitude », « Voilier », etc), les gens autour de nous exprimaient aussi une forme de doute, de rĂ©sistance au changement. C’est naturel puisqu’ils s’attendaient Ă  autre chose. Le tout est de ne pas flancher, maintenir un cap artistique, car souvent c’est au bout du processus que les gens se disent “ha d’accord !” Pour ma part, je refuse de me soumettre aux attentes du public, mĂŞme si je le respecte de ouf. Mais de toute façon, tu ne peux pas connaĂ®tre leurs attentes, eux-mĂŞmes ne les connaissent pas. Si tu changes, il y en a toujours qui vont critiquer. Mais si tu fais la mĂŞme chose qu’avant, ils vont dire que c’est toujours pareil… Je prĂ©fère donc remplir ma fonction d’artiste, en ayant une force de proposition, plutĂ´t que de me soumettre Ă  des attentes virtuelles du public, que tu ne peux de toute façon pas anticiper. 

Dans le morceau « Mon Amazone », tu évoques une nouvelle fois ton épouse, cette fois avec beaucoup d’humour. Elle n’aime vraiment pas que tu chantes ?

Non, elle préfère quand ça kicke ! (rires)  

Le morceau « BX Vice », qui clôture l’album, rappelle un de tes morceaux les plus classiques. C’était important pour toi de revenir aussi intimement sur ta relation avec ta ville ?

Oui, avec un degré de nuance. “BX Vibes”, c’est l’affirmation de l’identité bruxelloise sans faille. Mais ici, c’est une relation d’amour-haine à la ville. En plus, c’est la première fois que je livre des détails de ma vie. J’ai toujours mis à nu mes sentiments (en essayant d’en faire des titres qui puissent servir aux gens qui rencontrent le même genre de situation), mais jamais ma vie en tant que telle. Ça m’a fait du bien car au final, quand tu es aussi sincère, même si c’est personnel, c’est fédérateur. Je l’ai compris quand j’ai vu le succès du clip et du morceau. Je suis super heureux d’avoir laissé cette trace.  

Un mot sur le clip, oĂą l’on retrouve une imagerie forte, avec de nombreux guests. Comment s’est passĂ© la crĂ©ation ?

Pour ce clip, j’ai d’emblĂ©e voulu faire un clin d’oeil au clip de “BX Vibes” avec une imagerie en noir et blanc, et en reprenant le mĂŞme rĂ©alisateur, Nicolas Caboche (qui a aussi rĂ©alisĂ© « J’rĂ©clame » et « Qui suis-je ? »), avec toute l’expĂ©rience et les compĂ©tences acquises depuis, de nos deux cĂ´tĂ©s. Nous avons donc relevĂ© le dĂ©fi ensemble. Il restait Ă  trouver le concept. En rĂ©flĂ©chissant avec l’équipe, l’idĂ©e d’utiliser une couronne comme objet tĂ©moin nous a plu, avec tout le rapport malsain qu’un artiste peut avoir au pouvoir : la couronne passe dans toutes les mains, tout le monde la convoite un peu, mais au final personne ne la garde, elle finit par brĂ»ler. C’est aussi une manière de dire qu’à BX il ne peut y avoir aucun roi ! Ou il se fera dĂ©capiter très vite (rires).

J’ai tenu à faire figurer des proches qui m’accompagnent depuis longtemps dans cette aventure. Et on tenait aussi à prendre des gens qui soient capables de faire de l’acting face cam. Je tenais enfin à représenter la diversité de BX, pas seulement le côté “street”. Roméo Elvis a immédiatement accepté ma proposition de tourner dans le clip. Le matin même, en vrai, je ne savais même pas exactement ce que je voulais qu’il fasse, je voulais me laisser inspirer sur le moment. Je lui ai alors dit : “bon, gros, en vrai, voilà ce que je vois : toi, torse nu, sous la pluie en train de t’ambiancer en mode “roi fou” avec la couronne ! » Et respect ! Il a joué le jeu à 100%. En deux prises c’était plié, il a été impressionnant et très efficace ! Et bien sûr on retrouve des gens comme Trésor qui était déjà dans « BX Vibes », Lams (mon backeur), les frangins B-lel et Mike Olson (mon régisseur et lui-même rappeur), Gandhi, Isha et les gars de Molenbeek : Sky et l’équipe Guillotine. Et enfin, Sofiane sur son piano, obligé, à qui on a fait faire un fuck !

Une question que revient souvent, et tu vas peut être nous aider à y répondre : estimes-tu faire du rap français ou du rap belge ?

Je fais du rap francophone. Chez nous on n’a pas ce rapport. Je rappe en langue française mais avec toutes mes particularitĂ©s belges. 

Clipper au quatre coins du monde, c’est devenu une habitude non ? C’est ton manager Guillaume Héritier qui a la bougeotte comme ça ? 

Au début oui. Mais il m’a vite transmis son vice. Par la suite, c’est moi qui l’ait sans cesse eue ! Je ne viens pas d’un milieu où l’on voyageait beaucoup, alors là, je kiffe. Et c’est aussi un autre signal de liberté.

Est-ce qu’on peut s’attendre à ce que tu gardes ce niveau de productivité pour la suite?

Tout dépend de Madame X ! (rires)

Scylla – BX Vice

BACKPACKERZ tient Ă  remercier Scylla pour sa disponibilitĂ© lors de cet entretien, et Ă  Emmanuel Lartichaux d’avoir rendu cet Ă©change possible.