Nao, la mélodie du bonheur

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Nao, la mélodie du bonheur

Nao (prononcez Na-Yo). Ce nom ne vous évoque rien…Pas d’inquiétude, nous allons vous aider à rattraper ce léger retard. Plongeons ensemble, le temps d’un article, dans l’univers acidulé et coloré de Neo Jessica Joshua alias Nao.

Et Neo crééa Nao…

Originaire de Nottingham (Royaume-Uni), Nao développe, dès son plus jeune âge, ses aptitudes vocales s’appuyant sur une formation pianistique. Mais surtout, ne vous fiez pas aux premières secondes d’écoute : la voix de Nao peut, certes, sembler enfantine et immature (comme celle d’Aluna Francis, chanteuse du groupe britannique AlunaGeorge) mais elle ne peut être classée uniquement dans ces deux catégories. Évidemment, l’espièglerie de sa voix si particulière est un atout mais il faut remarquer que Nao est une chanteuse phénoménale, capable de vous envoyer sur orbite lorsqu’elle le souhaite. C’est d’ailleurs en tant que choriste qu’elle officie durant plusieurs années avant de décider, un beau jour, de voler de ses propres ailes et de partir à la rencontre d’un public qui n’attendait qu’elle.

Pour s’en convaincre, il suffit d’assister à l’un de ses concerts comme le dernier, assuré le 08 mars dernier, à la Gaîté Lyrique. Ce soir-là, quelques 700 personnes se sont déplacées pour partager un instant de leurs vies avec l’anglaise. Autant dire que le public n’a pas regretté ce déplacement qui allait bien au-delà des murs de l’édifice parisien. Apparue, par surprise, au milieu de l’audience à la lumière d’un spolight, Nao donne, dès la première chanson, le ton : elle veut être auprès de son public et créer avec lui, le temps d’une soirée, une communion. Évidemment, le public est réceptif et en phase avec la chanteuse qui réussit un tour de force : réunir en un même lieu des personnes de toutes générations, toutes ethnies et toutes sexualités confondues. Des spectateurs venus s’imprégner de l’énergie communicative de la chanteuse. Une fanbase qu’elle s’est constituée en quelques années à peine.

Pour ce faire, Nao n’a pas ménagé ses efforts en proposant dès 2015 bon nombre de collaborations et de projets à retenir. Mais, à 31 ans, difficile de comparer Nao aux jeunes artistes britanniques comme Jorja Smith, Ella Mai ou encore Mabel. Non, Nao n’est pas un « espoir » du R’n’B contemporain comme les autres. Elle a, dans l’ombre d’autres artistes et durant plusieurs années, su réfléchir à la trajectoire musicale à emprunter. Et comme Nao ne s’en remet à personne, elle fonde son propre label, Little Tokyo Recordings et distille ses projets. Retour sélectif sur une discographie quasi sans-faute.

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© Evening Standard

 

Un début de carrière fracassant

Un an après la sortie du prometteur So Good EP, Nao revient, en 2015, avec un nouveau format court, February 15. Carton plein auprès des médias musicaux qui saluent unanimement la qualité du projet. Pitchfork, l’influent, lui décerne le convoité label Best New Music et l’excellente note de 8,4/10. Le tout assorti d’une chronique dithyrambique. Et comment ne pas approuver cet avis ? February 15, EP de cinq titres, est l’exemple parfait d’une musique R’n’B sans cesse en mutation. Moderne mais s’appuyant sur des influences 90’s, il se compose de mid-tempos joyeux et de ballades intimistes. La voix de Nao, au premier plan ou tout en retenue, sert des instrumentaux électroniques (« Zillionaire »), aériens (« It’s You ») ou résolument expérimentaux (« Apple Cherry »). Elégant et frais : cet EP est, sans l’ombre d’un doute, une réussite de la première à la dernière note.

La reconnaissance des confrères

Les frangins de Disclosure sortent, en 2015, leur deuxième album Caracal, deux ans après le succès fulgurant de Settle. L’opus reprend, à quelques variantes près, la recette gagnante de son prédécesseur : la combinaison de sonorités Deep-House/UK Garage boostées par les performances vocales d’artistes de qualité tels que Sam Smith, Gregory Porter, Jordan Rakei… Excusez du peu. Parmi eux se trouve également Nao qui participe au titre « Superego ». Les frères Lawrence l’ont compris : elle peut rivaliser avec ces chanteurs et mettre en valeur leur production musicale. Le morceau, ultra efficace, ne laisse pourtant pas à la chanteuse l’espace nécessaire pour exprimer pleinement sa personnalité. Le « son Disclosure », omniprésent sur ce morceau, écrase quelque peu la participation de Nao. Pour comprendre cette idée, il suffit d’écouter « Talk », production 2019 concoctée pour le texan Khalid : alchimie parfaite de deux univers musicaux si différents. Mais, peu importe. Avec ce featuring Nao dispose d’une exposition médiatique supplémentaire et saura en profiter.

L’alliance musicale du passé, du présent et du futur

Forte de ces accomplissements, Nao sort son premier album, en 2016, For All We Know et pousse un peu plus loin le concept autoproclamé de « wonky-funk ». Car Nao, incapable de classer sa musique dans un genre en particulier, décide de baptiser un style rien que pour elle. Le principe : faire coexister deux genres, à priori, opposés. Mais pas pour Nao qui réussit à marier des sons typiques des années 80’s/90’s notamment ceux de ses idoles, Prince et Michael Jackson, et des tonalités modernes. Oui, la recette fonctionne. On imagine que deux décennies auparavant, la musique de Nao mise en images aurait fait le bonheur de chaînes de télé mythiques telles que VH1 ou MTV Base. Mais n’allez pas imaginer que Nao se contente d’un throwback sonore pour les oreilles nostalgiques. Non. Nao joue, certes, sur des références passées mais propose une musique totalement ancrée dans son époque. Là est la plus grande qualité de l’interprète : savoir capter l’attention d’une nouvelle génération élevée au numérique et celle des plus nostalgiques d’entre nous. Nao prouve, avec cette sortie, que le format Long Play lui va comme un gant.

Une étoile parmi les étoiles…

04 secondes de silence en musique, c’est long… Pas pour Nao qui débute son deuxième album Saturn, paru en 2018, sans un bruit. Lorsque la musique démarre, une déferlante de sons groovys et charnels retient l’auditeur. Nao démontre, à ceux qui en doutent encore, qu’elle sait tout faire : de la Neo Soul 10’s (« Make It Out Alive »), de la Soul moderniste (« Orbit »), du Funk dans l’ère du temps (« Love Supreme »), de l’Afro-Pop vitaminée (« Drive and Disconnect »)… Gonflée à l’hélium et capable d’aller caresser le ciel, la voix de Nao s’affirme toujours plus mais conserve sa candeur si charmante. Bien qu’un peu longuet, cet album mérite une écoute attentive. Des collaborateurs de longue date viennent soutenir la chanteuse : le tout jeune Mura Masa (Jamie Lidell, A$AP Rocky, Desiigner…), le canadien Stint (R.LUM.R, Galant, …) ou encore le britannique Grades (HER, Khalid, Tinashe…). A cela s’ajoutent les participations inédites de SIR, recrue du label TDE ou celle de Daniel Caesar. Le résultat : des productions légères et astrales… Tout un programme.

Mais une question nous tourmente… En intitulant son album Saturn, Nao a-t-elle puisé l’inspiration dans la discographie du légendaire Stevie Wonder ? Lorsqu’en 1976, Stevie sort l’ambitieux Songs in the Key of Life, double LP audacieux considéré comme un classique du genre, un morceau se détache du reste de l’album : « Saturn ». Sur une bande-son futuriste, le génie dépeint une société utopiste située sur la planète Saturne où la violence, le désespoir et la misère auraient, définitivement, disparu. Un endroit fictif où le monde, tel que nous le connaissons, ne serait que souvenir et où l’être humain aurait retrouvé toute sa noblesse et sa dignité.

Le refrain du titre en dit long : « Going back to Saturn where the rings all glow – Rainbow, moonbeams and orange snow – On Saturn – People live to be two hundred and five – Going back to Saturn where the people smile – Don’t need cars cause we’ve learn to fly – On Saturn – Just to live to us is our natural high ». A la Rédac, nous prenons le pari que l’influence de Stevie plane sur ce disque. Certes, le message n’est pas similaire mais les deux artistes décrivent, dans leurs projets respectifs, le bonheur à son paroxysme.

A la recherche du bonheur sonore…

Interprète, auteure, compositrice, productrice et créatrice de label, Nao fait partie d’un cercle fermé d’artistes capables de véhiculer une joie de vivre sans commune mesure dans un monde si désolant. Nous vous le disions précédemment, elle est une artiste à connaitre… Elle fera parler d’elle : c’est une certitude. En effet, un tel optimiste ne peut pas rester confidentiel. La chaine NPR, elle, l’a compris et l’a invitée pour une session acoustique dans son émission Tiny Desk Concert, version moderne du show emblématique MTV Unplugged. Regardez le résultat et entrez dans l’univers lumineux de Nao. En sa compagnie, vous prendrez une énorme bouffée d’énergie positive et vous ne le regretterez pas…


Cette chronique est une contribution libre d’Audrey Rubegue que nous avons choisi de publier. Si vous aussi voulez tenter d’être publié sur BACKPACKERZ, n’hésitez pas à nous envoyer vos articles via notre page de contact.

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