Les 5 meilleurs album rap UK de 2025
Depuis quelques années, nous assistons à la résurgence culturelle du Royaume-Uni où les nouvelles pépites d’hier côtoient celles d’aujourd’hui afin de nous proposer un cocktail détonnant dont eux seuls ont le secret.
Parallèlement aux vétérans d’Oasis, Gorillaz ou de The Cure, nous avons pu assister à l’éclat de la musique britannique contemporaine avec la vision de SOPHIE et d’A.G. Cook parachevée sur Brat de Charli xcx, de la folle montée en puissance de Fontaines D.C. l’année passée ou plus récemment du sublime Essex Honey de Blood Orange.
Néanmoins, lorsqu’on prend du recul face à un tel tableau musical quasi utopique, on en viendrait presque à se demander où se situerait le hip-hop.
Que les plus sceptiques soient rassurés, celui-ci n’est pas en reste puisqu’il jouit de l’émergence de nouvelles figures déjà érigées au rang de stars : Fakemink et EsDeeKid.
Le premier, véritable coqueluche de la scène underground, est d’ores et déjà adoubé par le monde entier, et plus particulièrement par un certain Frank Ocean. Le genre de choses qui s’inscrit sur un CV.
Quant au second, il est un pur produit de Liverpool dont le projet Rebel sorti cette année a accentué sa popularité grandissante. Avec son accent de scouser accompagné par des productions explosives, ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne soit accaparé par les clubs de Liverpool ou d’Everton pour haranguer les foules dans leurs stades.
Pourtant, si Steven Gerrard n’a pas encore récupéré son contact, un certain Timothée Chalamet s’en est chargé à sa place.
Coup de génie à la sauce Internet, l’acteur de Marty Supreme apparaît à ses côtés sur le remix de “4 Raws” pour mieux alimenter la rumeur les concernant.
Une validation artistique couplée à la promotion d’un film, ça c’est un cadeau que même EsDeeKid n’avait pas prévu sous le sapin.
En revanche, s’ils bénéficient d’un plébiscite stratosphérique, d’autres artistes tels que Jim Legxacy et John Glacier ont su se frayer un chemin grâce à leurs propositions respectives à la fois uniques, rafraîchissantes et audacieuses.
Cependant, si les nouvelles têtes profitent d’une effervescence rare, les valeurs sûres du genre (Little Simz, Dave, Loyle Carner) ont quant à elles montré avec caractère qu’elles sont bien parties pour rester.
À travers ce puissant éventail musical qui nous est offert par le Royaume-Uni, on constate peu à peu que le gâteau culturel longtemps dominé par la recette américaine diminue au fil des ans laissant de fait leurs parts à d’autres pays tout aussi intéressants.
Bien qu’ils se targuent d’être les créateurs de toutes les tendances, il semblerait que pour la première fois depuis très longtemps le Royaume-Uni ait réussi l’exploit de détourner le regard autocentré d’une scène américaine actuellement en proie au doute.
À l’heure des bilans de fin d’année, la rédaction vous propose de revenir sur les cinq projets les plus marquants de 2025.
John Glacier – Like A Ribbon

Date de sortie : 14/02/25
Il y a des albums à la franchise nette, qui s’imposent d’office et ne laissent planer aucun doute. Et il y a des albums comme Like A Ribbon de John Glacier, auquel nous nous voyons contraint·es d’accorder le prix de l’album le plus intrigant de l’année.
Ce premier essai de la mystérieuse artiste londonienne est à la fois remarquable et rempli de contradictions, sa seule constante étant John Glacier elle-même : impassible, nonchalante, détachée mais étrangement magnétique. À l’écoute de ses textes cryptiques, on serait presque tenté·es de la rattacher autant à la tradition du parlé-chanté du rock britannique qu’à celle du hip-hop UK contemporain.
Cette filiation se retrouve ailleurs dans la prévalence des guitares, dont certaines semblent piochées parmi les maquettes perdues d’un groupe alternatif des années 90 (« Heavens Sent », « Money Shows »). La palette sonore, façonnée en grande partie par Kwes Darko, est pourtant très riche, avec des contributions notables d’Evilgiane et Flume. Fidèle à sa vision, la tracklist ne fait appel qu’à deux invité·es, dont Sampha, qui livre comme à son habitude un refrain d’une grande élégance sur « Ocean Steppin’ ».
Une curieuse sensation de rêverie traverse Like A Ribbon. Les morceaux sont détaillés mais remplis d’espace, embaumés de réverbe, donnant l’impression de flotter en suspens. Et tout au long John Glacier cache son jeu, semble observer le monde de loin mais nous parler de près, répétant les mêmes phrases en boucle comme des mantras. On en tire une solitude palpable, mais aussi une forme de sérénité.
En bref, Like A Ribbon est une anomalie : un album merveilleusement fourbe qui suggère plus qu’il n’énonce, et donc mérite plusieurs écoutes – jusqu’à en devenir addictif.
Morceaux à écouter d’urgence : « Ocean Steppin’ », « Home » et « Nevasure »
— Samuel Solaro
Little Simz – Lotus

Date de sortie : 06/06/2025
Little Simz est sans aucun doute l’une des artistes rap les plus intéressantes et les plus talentueuses de sa génération en Angleterre. Pourtant depuis l’album No thank you sorti en 2022 sa musique s’est faite rare se limitant à quelques collaborations et un très court EP début 2024 (Drop 7). On comprend mieux pourquoi à l’écoute de Lotus, un album très personnel dans lequel la rappeuse Londonienne revient sur plusieurs expériences difficiles dont la trahison de son producteur de longue date et ami d’enfance Inflo qui l’a quasiment mené à la faillite en 2024.
Le titre “Thief” qui ouvre l’album et relate cet évènement est l’un des morceaux forts du projet: un titre sombre aux accents rock qui semble emprunter son atmosphère pesante au “Thief’s Theme” de Nas. On retrouve une référence au rap New Yorkais sur “Only” où Little Simz reprend habilement le flow de Biggie, épaulée au refrain par la voix magnifique de la chanteuse Lydia Kitto. Au-delà des thèmes personnels forts (Thief, Lonely) l’album puise sa force dans l’éclectisme de ses influences musicales (afrobeats, brésiliennes, rock, soul ou encore jazz) et dans les instruments acoustiques omniprésents.
Autre moment fort du projet: le titre Blood en featuring avec la légende du rap anglais Wretch 32 qui rejoue une conversation téléphonique poignante entre un frère et sa sœur. Lotus laisse entrevoir une Little Simz vulnérable et forte, blessée mais sereine et surtout, qui semble faire de la musique de manière libérée et authentique. Le résultat est brillant et mérite d’être cité parmi les meilleurs albums rap de 2025.
– Flo
Loyle Carner – hopefully !

Date de sortie : 20/06/25
Si les talents de parolier de Loyle Carner étaient déjà connus de tous·tes, ils avaient atteint leur sommet sur hugo en 2022. Un projet unanimement salué, qui conservait la finesse de ses débuts tout en posant un regard poignant sur les injustices de la société anglaise.
En somme, sur hugo Loyle Carner s’adressait au monde. Il suffit de jeter un œil à la pochette de hopefully ! et d’écouter les premières phrases de « feel at home » pour comprendre qu’ici, il s’adresse avant tout à son fils – et peut-être aussi à lui-même.
C’est cette conversation, entre ses propres peurs et faiblesses et l’avenir qu’il souhaiterait laisser à son fils, qui sert de fil conducteur à hopefully !. Un quatrième album touchant à l’intimité rare, comme en témoigne le choix audacieux d’assurer lui-même l’ensemble des refrains chantés : la voix doute, se fait plus fragile, presque murmurée.
Autre nouveauté, l’expérience, assurément réussie, de composer et d’enregistrer l’ensemble des titres aux côtés d’un seul et même groupe d’instrumentistes. Des guitares aux accents indie sur « time to go » ou « in my mind » aux accords de piano mélancolique sur « horcrux », toujours portés par ces rythmiques UK, subtilement bien garnies. Autant de textures auxquelles Loyle Carner laisse énormément d’espace pour s’exprimer, donnant à l’album un rythme presque berçant, où chaque morceau prend le temps de se déployer.
Ici l’artiste n’est pas pressé : les gestes sont amples, et il en découle une œuvre qui brille surtout lorsqu’on l’écoute d’une traite. Et s’il se fait certes plus discret que son prédécesseur, hopefully ! n’en est pas moins un album d’une grande élégance.
Morceaux à écouter d’urgence : « horcrux », « purpose », et « all I need »
— Samuel Solaro
Jim Legxacy – black british music (2025)

Date de sortie : 18/07/25
S’il y a bien un nom qui demeure incontournable cette année en Angleterre, il s’agit de Jim Legxacy. Adoubé par le public, le petit prince du royaume de l’underground britannique commence peu à peu à franchir des sphères bien plus grandes que ce simple cadre.
Pourtant, il arrive avec une proposition brute et foisonnante d’idées qui se manifeste par l’utilisation des genres provenant de l’héritage des diasporas africaines / afro-caribéennes ayant fusionné avec la culture anglaise.
Sur à peine plus d’une demi-heure, l’artiste nous fait une démonstration de style et nous apporte une bonne dose de nostalgie dans cette mixtape qui nous rappelle de bons vieux souvenirs.
Qui d’autre que Jim a réussi à rendre un meilleur hommage à Wayne Rooney et aux jeux FIFA ?
Morceaux à écouter d’urgence : « Stick », « Father » et « 06 wayne rooney »
— Steven De Bock
Dave – The Boy Who Played the Harp

Date de sortie : 24/10/25
On vous en parlait dans nos coups de cœur du mois d’octobre et le voici maintenant dans notre top de fin d’année. Jouissant aujourd’hui d’un tout autre statut, chaque nouvelle sortie de Dave devient un événement et cet album ne fait que confirmer cette sensation.
Après le succès retentissant de « Sprinter » à l’été 2023 (devenu le premier morceau rap certifié disque de diamant outre-Manche), on aurait pu s’attendre à la multiplication paresseuse de cette recette de la part du londonien.
Pourtant, ce nouveau disque, sorti quatre ans après le précédent, est loin d’être accessible, qu’il s’agisse des thèmes abordés ou des productions (bien épaulé par James Blake) qui ne sont pas là pour truster les premières places des classements musicaux en Angleterre ou aux États-Unis.
Ça tombe bien puisque ce n’est pas l’intérêt principal de l’artiste qui a le don pour proposer des chansons très intimistes, puissantes et profondes taillées pour survivre à l’épreuve du temps plutôt que celle de la tendance.
Si le temps nous paraît long lorsqu’il se terre dans le silence artistique, chaque sortie de sa part justifie ses retraits, nous laissant ainsi tout le loisir de grandir avec ses textes.
Dave nous gratifie une fois de plus d’une autre œuvre qui, comme toutes les précédentes, ne doit pas être prise pour acquise.
Morceaux à écouter d’urgence : « History », « My 27th Birthday » et « The Boy Who Played the Harp »
— Steven De Bock
🏆 Mentions spéciales
Kae Tempest – Self Titled, Knucks – A Fine African Man
DA : @soaznls
