Grems : "Finis ça bien ou passe à autre chose"

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Grems : "Finis ça bien ou passe à autre chose"

« Merci les gars, faites pas de moi une star.  » Le mot de la fin, qui résume bien l’état d’esprit de Grems au moment de cet interview. Lui qui s’est toujours méfié du feu des projecteurs a choisi d’exposer davantage sa musique avec Sans Titre 7. Épaulé par une équipe de talents proches, il livre à bientôt quarante ans un album synthèse, qui compile le meilleur de son art.

Daron spirituel du rap spé et poids lourd du graffiti, Grems est cet artiste majeur dont le style unique infuse notre culture depuis le début des années 2000. À son actif, une demi-douzaine d’albums et une dizaine d’EPs, en solo ou avec Hustla, Olympe Mountain, Rouge à Lèvres, Klub Sandwich et PMPDJ. Tant de groupes avec qui il n’a jamais cessé d’expérimenter, pour forger un son métissé bien à lui.
Une longue carrière en marge de l’industrie, un lien conflictuel avec les médias et surtout, une démarche artistique singulière, qui dénote du pragmatisme ambiant. Nul hasard s’il se décrit lui-même comme un OVNI. L’inventeur du deepkho, style qui mélange agilement rap et house, a toujours refusé le consensus mou, et considère l’art comme une étude hors de tout carcan.
À l’heure du premier bilan, Grems revient sur l’accueil que le public a réservé à son nouvel opus, parle des amitiés qui ont façonné sa musique, exprime sans filtre son avis tranché sur l’état du rap français et dévoile quelques infos excitantes sur sa mixtape à venir. Rencontre avec un passionné sans borne, que le rap a soigné de la folie et qu’il défend toujours bec et ongles.
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Grems, quels sont les premiers retours sur ton nouvel album ?
Franchement, je n’ai jamais eu ça, ça me fait très bizarre. Je suis ému, content et choqué. Normalement, je mets ma musique en téléchargement illégal et tout le monde s’en fout. Là, il se passe quelque chose et c’est très gratifiant. Surtout à mon âge. Les gens qui font des choses longtemps, en général, ils finissent par périr. Et là, aucun retour négatif. Sauf un mec hier, mais c’est cool, je lui ai dit : « J’m’en branle. » Car j’ai reçu trop d’amour. Normalement, je suis sensé être le fou de service.
À notre avis, ça va continuer. Pour la première fois, ta musique tombe pile à l’heure. Les gens n’était peut-être pas prêts pour le deepkho jusque là.
Peut-être que j’étais pas prêt non plus ! (rires)
Cet album t’a demandé 2 ans, il est plus varié, chaque chanson a un mix différent. Est-ce que tu l’as abordé différemment ?
Plusieurs fanatiques m’ont dit que j’avais fait tous mes albums en un album. C’est bien résumé. J’ai l’âge pour assumer et rassembler toutes ces sonorités. Le recul m’a permis de regarder en arrière et de maturer tout ça. Green Pisse, Buffy, Praf ont été les prémisses de cet album. Ils m’ont permis de réactiver ma base. Parce que quand tu disparais et que tu dis à tous les médias : « Je vous encule », tu restes dans ton coin. Ensuite, ils se sont pris l’album.

« Le rap a été mon psychologue. Il m’a permis de transformer la merde en quelque chose de positif. »


Quel a été l’élément déclencheur qui t’a donné envie de revenir ?

Ma grande fille. Parce que je traverse des soucis depuis 10 ans, et que là, j’ai eu la force de la prendre comme leitmotiv. Me dire « Wesh le daron, il faut faire les bails. Et les bails, tu les fais pour qui ? » Finalement, ce que j’ai traversé est tellement difficile. Dans mon comportement, tu as pu ressentir de la haine sans savoir pourquoi, car je n’en parle pas. Pourtant, c’est un problème récurrent. Sans le rap, j’aurais peut-être tué des gens. Le rap a été mon psychologue. Il m’a permis de transformer la merde en quelque chose de positif. Il m’a permis de tenir, et là j’ai eu la force de le faire avec plus de recul. En regardant ma carrière, je me suis dit : « Finit ça bien ou passe à autre chose. Vas-y, fais le pour de vrai ». Un album qui fait mal à la tête, quoi.

Tu as toujours considéré le rap comme de l’argent de poche et une thérapie. Ne pas en faire un métier, c’est ce qui t’a permis de rester vrai ?
Le rap à la base, c’est original et alternatif, d’accord ? Quand le Wu-Tang ont mis des capes et ont pris des épées, c’était déjà comme ça. Le but du graffiti, c’est de trouver son propre style et de le mélanger. On n’est pas dans la productivité, on est dans la recherche. Chacun doit rapporter son truc. Après, il y a eu le succès du gangsta rap, le business, et des gens en ont fait un métier. Sauf que, parmi les gens qui pratiquent, on est beaucoup plus à ne pas toucher d’argent. La star qui génère des sous, on la met en avant en faisant croire que c’est facile.
C’est générationnel et je ne suis ni de l’ancienne, ni de la nouvelle génération. Ma génération, on sortait des disques, on les vendait et l’usine mettait la clé sous la porte. Impossible d’exister autrement que par nous-même. Il fallait être teubé pour vouloir vivre de la musique dans les années 2000. Alors on pratiquait, simplement. Parce que ça nous faisait kiffer de faire des concerts avec les copains le week-end. Même si tu gagnes 50 balles, bat les couilles ! Avoir des gens qui chantent tes paroles, c’est ouf. Et puis, c’est pas mon taf. Quand je suis sorti de l’école, c’était pour être graphiste, pas pour être Grems.
Etudier les beaux arts à Bordeaux, qu’est-ce que ça a apporté à ta musique ?
Moi, je fais de la musique pour m’amuser. J’ai lancé des labels parce que des gens ont kiffé le truc. Et des fois, il y avait de l’argent qui tombait, genre « Oh bah, mille balles là, chant-mé, on va claquer mille balles de baskets. » Parce que tu as déjà un travail et de l’argent. À l’époque, on comprenait pas quand on nous filait de l’argent. « Tiens, cent cinquante balles. – Frère, j’ai posé un seize, tu rigoles ?! » L’école m’a ouvert, mais j’étais déjà ouvert. Toute la zic-mu qu’on écoutait était spé, de Madlib à Moodyman. Par contre, c’est là-bas que j’ai rencontré mes potes et découvert la deep house. Et j’ai eu un diplôme d’art plastique. Techniquement, quand tu sors de là, t’es un artiste. J’ai pas voulu que mon graphisme soit lié à ma musique, mais quand j’écris et quand je fais un graf, c’est la même méthode de travail.

« J’ai appris avec les Américains et j’ai compris l’ouverture avec les Anglais. »


Tu la décrirais comment, cette méthode ?
Rubicube. C’est de l’algèbre. Transformer l’écriture en mathématiques. Une somme égale résultat. Le principe de la punchline : « Tic, tac, boum. » En plus recherché. Quand un mec fait : « Tic, tac, boum », je vais faire « Tic, tac, tic, tac, tic, tac. Boum. Tic, tac. ». « Facile, ce que tu viens de faire, je vais compliquer. » J’ai beaucoup écouté les flows de tout le monde. Quand je me prends Eminem à l’époque où il rappait sur Rawkus, Lootpack ou les Alkaholiks, j’me disais : « C’est des fous ! »

J’ai appris avec les américains et j’ai compris l’ouverture avec les anglais. Ils ne sont pas du tout fermés, c’est pas la même logique qu’ici. Dans une boite de nuit, il y a douze styles différents et tout le monde danse, tout le monde est content, parce que dans les douze styles, il y a le style de tout le monde. Tu vois ? Et tous ceux qui n’aiment pas le style de l’autre, ils ont quand même appris à le respecter.
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L’Angleterre t’a marqué, et tu as été un des seuls à sentir qu’on pouvait mélanger hip-hop et musique électronique, avec la deepkho. Alors qu’à la base, c’est la même chose.
Content de te l’entendre dire. Tu veux que je te fasse une confidence ? Les chiens ne font pas des chats. Petit, j’écoutais Technotronic. « Pump Up The Jam », si c’est pas deepkho ça… Les débuts du rap, on était quand même sur des BPM à 120, non ? Même si je suis pas le seul, il y a un truc dans la façon dont on l’a amené avec Yves, Le 4Romain. Parce qu’on l’a fait à deux, hein. « Les khos ! », on s’est dit, « C’est pour les khos ! » Les Anglais, ils ont la grime, un truc à eux, les Américains, ils ont le dirty south, pleins de choses différentes, pourquoi pas les cé-frans ? Il n’y a que le « Head Banger-isme », toujours la même chose. Pourquoi on propose pas un choix ?

Aujourd’hui, ils inventent un truc qui est à eux. J’aime pas, mais ce côté zouk-trap, c’est très français. Un mec comme Niska, pour une fois, il est allé chercher sa culture. Même idée avec la deepkho, plutôt que faire du dirty south ou du rap électro à la TTC. House et électro c’est pas la même chose ! S’ils nous comparent à eux juste parce qu’on rappe sur des BPM rapides, c’est parce qu’ils manquent de culture.

« Dans le rap spé, il y avait une partie super noire. Eh bah nous, on était ces putains de singes ! »


Justement, comment l’as-tu vécu, l’étiquetage rap alternatif ?
Ils ont voulu nous faire passer pour un rap de blanc. À l’époque, dans le rap spé, il y avait une partie super noire. Eh bah, nous, on était ces putains de singes ! Quand je parle des singes, c’est tous ceux qui ne sont pas hypes, qui ne brillent pas, qui ne passent pas à l’écran parce que : « Houlà, pas lui, il est fou, c’est dangereux. » Quand le rap spé a commencé, ont était tous copains, et quand certains ont eu l’intelligence marketing, ils se sont vendus comme les pionniers. Pardon, le premier disque d’Hustla, c’est un des tous premiers disques de rap spé qui est sorti. Si tu parles de rap spé, parle de De Brazza Records, Sept, Olympe Mountain À l’époque, je l’ai mal vécu, parce qu’on m’a pompé. Dix ans après, les gens savent et j’en veux plus à personne. J’ai même fait la blague à Tekilatex récemment : « Tiens, tu passes de la house ? » (rire)

Lors de « Rouge à lèvres », tu as rencontré Disiz et il s’est passé quelque chose de fou. Quel impact cet artiste a-t-il eu sur ta musique ?
Il m’a appris l’écriture automatique. Là, t’es face à un mec qui se pointe en studio sans avoir rien préparé. Il te demande « C’est quoi le son ? » et boum, en dix minutes, il pond un truc. « Heu gros, tu m’as foutu la pression, là… » De mon côté, je lui ai sûrement donné de la technique, et j’ai pu lui faire dire plus de gros mots. (sourire) Disiz, c’est une amitié artistique profonde, avec un respect mutuel. Quand il a voulu me rencontrer, c’était sincère. Lui, c’est un kickeur, comme moi avec la peinture. Du genre : « Viens, on choppe des bombes et on va graffer ! » J’oublie tout et je peins. En studio, il est pareil. C’est un mec brillant.

Tous les disques qu’on a faits avec Disiz, il faut savoir qu’on les a faits en trois jours. Écriture et son. Il n’y a que le mix qui a pris plus de temps. Premier Rouge à Lèvres : trois jours. Deuxième : trois jours. Les Foreign Beggars cherchaient des gens à ce moment là, et c’est comme ça qu’on a fait « Gash », mon titre qui a le plus tourné. L’énergie, ça m’a épanoui. Entre Le 4Ro, Disiz, moi, laisse tomber l’équipe de débiles. Même Les Valcheuses, c’est n’importe quoi ! Posé à 5h du mat, parce que Disiz charriait une meuf qui ne parlait pas sa langue. Mon meilleur titre que j’ai fait avec lui. Le projet d’un album à deux traine depuis longtemps, c’est difficile de se synchroniser avec nos vies de cinglés. 

« Disiz, c’est une amitié artistique profonde, avec un respect mutuel.« 


Quel rôle ont joué les producteurs, et d’abord RROBIN, dans cet album ?
RROBIN, c’est le groupe The Imposture, celui qui crée mes prods depuis quatre ans. Buffy et la moitié de Green Pisse c’est lui. Praf, c’est lui de A à Z. C’est mon ami, mon reuf. Son rôle est plus qu’important. Un jour, il m’a contacté et m’a dit : « Mec, je rêve de faire des sons pour toi. » Je lui ai dit : « Ok, fais quarante boucles dans ce style-là, et on voit. » Il les a faites direct. Pour l’album, on a une liste de quatre-vingt trois tracks ensemble. Il n’y a pas un jour où on ne se parle pas. Depuis quatre ans, on a fait l’équivalent d’un morceau par semaine tous les deux. Le matin il m’envoie un son, le midi je lui envoie le texte, le soir il a tout mixé. Toutes mes voix, les effets qui sont maintenant ma signature, c’est lui. Il crée la base de tous mes albums, les titres les plus conceptuels, les moins faciles. Il joue n’importe quoi avec une humilité dingue, et je suis très content qu’il ait créé des morceaux clés comme « Tokup » et qu’on se soit posés pour finaliser l’album à deux.

Et les TBBT, avec qui tu collabores depuis longtemps ?
Eux, c’est mes « deeptrappeurs ». Avant que ce soit à la mode, il y avait déjà « Pinocchio » de sorti. Du Grems à 100%. Quand tu viens de la grime et du boombap, quand t’es un kickeur et qu’ils t’assemblent les deux, tu bouges forcément la tête. Sur une prod comme ça, tu t’amuses encore plus et tu casses des bouches ! « Suicidal » et « Babyliss », ils défoncent. Ils ont chacun été produits par un des membres du groupe. Il y a également Exodus, le petit nouveau Cahmo –la liste de tracks ensemble est à 130– et Nikitch. Lui, c’est succulent ! Il commence à être chaud et il m’a tué sur l’album. 

Merci, c’est mon meilleur track avec Hustla. C’est mon groupe à vie et on est ravis de l’accueil de notre dernier album. Faire un disque avec des feats ne m’intéressait pas, mais je voulais des apparitions pour apporter quelque chose. Une forme de douceur. Toutes les voix féminines, j’étais avec les filles, je les ai drivées. « Fais comme ci, comme ça ». Manon, ça s’est passé comme ça : on débarque à Lyon pour enregistrer, on demande : « Tu connais pas une chanteuse ? », elle vient enregistrer et à un moment elle me dit : « En fait, je suis fan de oit. »

« L’Origine », il n’y a pas de voix féminine dessus à la base, et je me vois mal lui demander de but en blanc : « Heu, tu peux dire ‘J’suis dans ta chatte’, s’il te plait ? » (rires) Elle a juste entendu le morceau, et c’est elle qui a demandé à chanter le refrain ! Avec son côté burlesque, elle me dit « Moi, j’adore faire des trucs comme ça, raz le bol de chanter les mêmes paroles. » Et Elea Braz, c’est Lise, une amie qui rappe dangereusement ! Hyper content du morceau « Waikiki » avec elle. Des amours ces deux meufs. Enfin, il y a C.Sen, un rappeur-graffeur, qui m’a invité sur son album. Il m’a fait écouter une prod, jamais entendu ça… Quand j’ai fait « UK », je lui ai envoyé la prod, il a posé et ça a ajouté quelque chose.
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Parmi tous les « Michael » cités dans ton morceau éponyme, lequel est ton préféré ?
Michael Homme Vert. Un OVNI.

« Le rap, c’est pas pour les enfants. C’est malpoli. »


À ce qui se dit, tu ne veux pas que tes enfants écoutent du rap. Pourquoi ?
Le rap, c’est pas pour les enfants. Parfois il y a des choses tendancieuses. C’est malpoli. Chacun sa life et chacun sa morale. Par contre, avec mes enfants, que ce soit Maître Gims, Nicki Minaj ou Grems qui passe, j’éteins. « Opopop, qu’est-ce que tu écoutes ? Remets Katty Perry ! » (rires) Rien de méchant, je préfère juste repousser l’échéance. Les enfants, ils faut les laisser dans leur monde d’enfants.
Et quand elles seront en âge d’écouter Grems ?
Bof, je serai un père has been. Il y aura un nouveau phénomène de groupes à succès. En tout cas, si elles sont besoin de savoir de quel bois elles sont faites, c’est expliqué ! (rires) La folie qu’elle développeront, tout est là !
Tu affirmes que le rap est dangereux mentalement. Qu’entends-tu par là ?
Les gens, ils croient qu’être un rappeur c’est avoir des sapes gratuites et faire des millions de vues. Est-ce qu’on en a parlé de combien tu gagnes sur les millions de vue ? Non. De : « Vas-tu transformer l’essai ? » Des mecs qui ont eu du succès et qui ne sont plus connus aujourd’hui ? Non. Personne n’en a parlé. Entre ceux qui ont flingué leurs vies, ceux qui dépriment, ceux qui ont trop fait la fête, ceux qui se sont complètement plantés…

J’ai un regard différent, celui de trois générations de rap. La réalité n’est pas celle qu’on montre. Il y a des groupes qui font des thérapies pour ne pas s’embrouiller entre eux. Le succès, dans ce monde, ça rend cinglé. À commencer par moi. Le moment où j’ai sorti Vampire, j’ai commencé à péter une durite et à tellement me rapprocher du game que j’ai du dégager.

« Il y a le rap qui te ramène dans la rue et celui qui t’en sort. Eux, ils ne l’ont pas connue. »


Ton rapport au game est conflictuel, justement. Est-ce que tu écoutes ce qui sort ?
Oui, à part le vocoder. Et encore, j’écoute Booba. Il y vachement de choses différentes, mais ce sont toujours les gwers tous gentils aux victoires de la musique, les types qui n’ont rien à dire et qui s’adressent aux ados de 16 ans, qu’on met en avant. Le rap c’est engagé, pas des histoires d’ado qui disent avoir connu la rue, alors que depuis, Sarkozy a passé le karcher. Il y a le rap qui te ramène dans la rue et celui qui t’en sort. Nous, le rap nous sortait de la rue. Eux, ils ne l’ont pas connue, alors ils s’inventent un personnage.
Personnellement, ces gars ne me dérangent pas. Maintenant, si on me demande mon avis, traitez-moi de raciste si vous voulez, mais il y a trop de gwers dans le rap d’un coup. Des petits blancs qui arrivent et qui se prennent pour les rois du monde. Le rap, c’est : « Tout le monde se mélange » et ce n’est pas normal qu’on le blanchisse comme ça. Ceux qui sont lisses et passent bien à l’écran deviennent les numéros uns. Un mec bon en rap a forcément plus de chances de réussir s’il est beau, contrairement à une salle gueule. L’image, c’est ça l’époque.
Comment analyses-tu le succès d’un Nekfeu, avec qui tu as collaboré ?
Son succès est mérité. Être engagé, c’est cool. Tout ce que j’ai à dire, c’est qui ne faut pas demander des autodafés. Juste, pourquoi lui ? Il est fort, il sait rapper, mais ses acolytes aussi ils savent rapper, non ? Après, le succès, il ne l’a pas volé. Ils sont arrivés en équipe, au bon moment, avec tous les ingrédients pour que ça marche. Et puis, ce n’est pas lui qui pollue les ondes, loin de là. D’ailleurs, j’ai bien aimé son complet sur l’album d’Orelsan.

« Le rap, c’est : « Tout le monde se mélange » et ce n’est pas normal qu’on le blanchisse comme ça. »


Faire du rap à bientôt 40 ans, ça ne t’inquiète pas ?
Non, ça ne change rien. Quand tu vois Booba et sa carrière…
C’est un des seuls qui n’a pas encore de date de péremption. Lui et toi, vous êtes des exceptions.
C’est vrai, et ça me flatte d’être mis dans la même catégorie. J’adore ce qu’il fait, j’ai toujours été très fan de ce mec-là. Même si l’on ne fait pas la même chose, il y a de nombreuses similarités dans notre fonctionnement. Maintenant, il ne faut pas s’afficher. Là, je prévois une tournée, et ça va sûrement être ma dernière, pour la simple et bonne raison que physiquement, ce n’est plus de mon âge ces conneries. Le graf me fait déjà prendre souvent le train et l’avion.
En concert, je vois peu d’artistes lâcher autant de litres de sueur que moi. Quand je monte sur scène, c’est direct la bière cul sec pour être chaud. Niveau hygiène de vie, c’est dur. Et puis, c’est bizarre les concerts : tu reçois plein d’amour et le lendemain tu es seul. C’est des ascenseurs émotionnels tout le temps. Lors de cette tournée, je veux juste faire ce que j’aime. Lorsque je vois les gens chanter mes paroles, je verse une larme. Bien sûr, je n’exclus pas d’autres projets. Avec moins de boulimie et plus de plaisir. Déjà, je me concentre sur l’album et ensuite je sors une mixtape.
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« L’album est un voyage, il raconte une histoire. La mixtape, c’est du pétage de dents en direct. »


À quoi peut-on s’attendre sur cette fameuse mixtape ?
L’album est un voyage, il raconte une histoire. La mixtape, c’est du pétage de dents en direct. Du « deeptrapisme » pur, avec plus de collabs. Un morceau avec Grems et Nikkfurie, 20Syl sur le refrain et Le Motel à la prod ! Alaclair Ensemble et deux trois autres surprises, des gars avec qui j’ai déjà collaboré il y a fort longtemps. Un projet à la cool avec quelques unreleased de l’album.
Oh merde, la violence ! En parlant du Motel, que penses-tu de l’émergence des pays francophones dans le rap ?
Eh bien, les pays francophones sont en train de mettre une petite fessée à la Ce-Fran et la Belgique est très forte. C’est pour ça que j’ai fait cet album, pour nous, les Français ! (il éclate de rire) Un album pour la France, ça y est, je suis chauvin ! Oui, moi qui vous ai craché dessus pendant des années, je vous aime les français, vous m’avez entendu ! Allez, appuyez sur play ! (rires)

Grems sera en concert avec Isha au Hangar (Ivry sur Seine), le jeudi 7 juin, dans le cadre du Paris Hip-Hop. Plus d’info sur l’event Facebook.
Photos : Thomas Lang