Casey : « Le rap et le rock sont les branches d’un même arbre »

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Casey : « Le rap et le rock sont les branches d’un même arbre »

Après 6 ans d’absence et le (brillant) projet à plusieurs voix de l’Asocial Club, Casey revient avec sa nouvelle formation, Ausgang, et continue ainsi de filer ses thématiques toujours aussi brûlantes sur le terreau poisseux d’une fusion rap/rock qu’elle continue d’approfondir.

Casey le sait. Elle est un porte-voix malgré elle, statut qu’elle semble aisément assumer au moment de parler de ses compagnons de groupe qui préfèrent rester dans l’ombre des interventions médiatiques. La voix, le cœur, les tripes, c’est elle. Le point de ralliement idéal entre les riffs bruts de guitare et la vigueur d’un rap sans cesse régénéré par la pression de la compétition et l’enthousiasme du collectif. Le paradoxe d’une rappeuse qui prend toute la place mais ne veut jamais être seule. Gangrene, le titre de l’album, vient rappeler les deux précédents projets réalisés conjointement avec le groupe Zone Libre, tentative alors marginale d’un rap en pleine mutation synthétique, nourri aux sonorités trap d’Atlanta. Casey se laisse guider par les rencontres, joue au théâtre, disparaît pour mieux surprendre. Une trajectoire qui se dessine à l’ombre d’un rap français devenu tout puissant. Une ombre plus nécessaire que jamais.

BACKPACKERZ : C’est ton premier projet depuis 2014. Entre temps, tu n’es pas restée inactive car on a pu notamment te voir au théâtre ou en tournée avec l’Expeka Trio.

Casey : Après l’expérience Asocial (Club), il y a eu beaucoup d’Expeka en effet par l’intermédiaire de ma rencontre avec Sonny Troupé qui est un joueur de « ka » (tambour guadeloupéen) illustre, et aussi batteur sur le nouveau projet Ausgang. On a beaucoup bossé ensemble que ce soit en version sextet ou en version trio. La ligne directrice musicale d’Expeka, c’était de tisser des morceaux autour des rythmes traditionnels du « ka » qui sont au nombre de 7. C’était un bon délire !

On sent que tu donnes beaucoup d’importance aux expériences collectives dans ta carrière, qu’il n’y a pas de plan déterminé.

Ce sont des rencontres, faut pas se mentir. Je vais là où je me sens à l’aise. Je fonctionne comme ça pour tout, même pour la lecture. Quand je rencontre quelqu’un qui me met un livre dans les mains, que je vois que ça le met dans un état incroyable rien que dans le fait de m’en parler, je me dis que je veux vivre son expérience. C’est pareil pour la musique. Tout est affaire d’échange dans la culture. L’expérience Expeka, ça s’est passé comme ça.

On ne cherche pas à être autre chose que nous mêmes.

Comment t’es venue l’idée de créer Ausgang ?

Ausgang, c’est né de ponts entre les gens. Il y a par exemple Marc Sens qui était déjà avec moi sur Zone Libre. On avait toujours gardé en tête l’idée de refaire un truc ensemble, toujours dans cette optique de fusion rock/rap. Après, il s’avère que Sonny fait de la batterie et que son historique c’est plutôt le « ka » et le jazz. Je trouvais intéressant que ce ne soit pas un batteur purement rock. Et puis il y a Manu Sound au clavier pour différer un peu de la compo classique « guitare-basse-batterie » des groupes de rock. Il fallait les faire se rencontrer car j’aime les personnes et leur taff respectif. Qu’est-ce qui peut se passer si on se met ensemble dans une pièce ? C’était vraiment ça l’idée de départ.

Le projet assume une alchimie plus rock que les projets avec Zone Libre. Était-ce une volonté de ta part ?

Celui-là, clairement, il est plus rock. Mais je pense que ça vient du fait que pour ce projet, on est parti de zéro. Pour Zone Libre, le groupe préexistait quand je les ai rencontré. Ils avaient déjà une touche, ils avaient l’habitude de jouer ensemble. A l’époque, on s’est greffé sur un truc en se regardant les uns les autres, en essayant que tout le monde s’y retrouve entre rock et rap. C’était une fusion entre des éléments qui existaient déjà. Ausgang, on a tout fait ensemble.

On peut déjà le voir dans le choix d’un nom de groupe (Ausgang), et non plus un Zone Libre versus Casey.

Exactement. C’est une véritable formation, on est ensemble pour toutes les composantes de l’album.

En attaquant ce projet, tu n’a jamais eu peur de te répéter par rapport aux deux projets avec Zone Libre ?

Je ne sais pas. La répétition pour moi, ce n’est pas un truc qui me fait peur. Il ne faut pas avoir peur de ce qui sort inconsciemment. On est tous fabriqué avec des filtres, il y a toujours un truc qui va se répéter, on ne peut rien y faire. C’est essayer de se chasser soi même… On ne cherche pas à être autre chose que nous mêmes, donc c’est sûr qu’il y aura de la répétition dans les thématiques, les textes etc. Une fois qu’on a terminé, je me suis quand même dit que c’était plus rock que les précédents, et je me suis autorisé des choses que je n’aurais sûrement pas faites avant. Je chante sur celui-ci ! Tu fais un peu sauter les cadenas: « Vas-y je m’en fous ». Zone Libre, j’étais encore sur la sécurité, faire ce que je sais faire. Ils s’adaptaient dans les compos en sachant qu’il y aurait du rap. Sur Ausgang, on essayait ce qu’on voulait et c’était à moi de voir comment j’allais gérer, comment j’allais sortir de ma zone de confort. On a réfléchi ensemble tout le temps.

Quand on voit le nom Ausgang, au delà de ressembler à un nom de groupe de rock industriel des années 90, on peut y voir le motif de la « sortie » et de l’exclusion, comme une tradition française que vient rappeler la pochette de l’album.

J’y pense maintenant après coup ouais, mais au final c’est plus con que ça. J’étais en Allemagne, j’ai vu « ausgang » et il y avait « gang » dedans. L’équipe, le groupe, la bande ! « Ausgang », la sonorité sonne bien aussi, le coté germanophone m’a plu au vu de l’Histoire. Pour la pochette, il y a toutes ces affiches coloniales déchirées, les messages xénophobes, « faites confiance au soldat allemand ». Rien de tout ça est nouveau et il y a toute une tradition et un imaginaire colonial qui subsistent encore aujourd’hui. C’est de la gangrène, du pourrissement.

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@Tcho

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous avez donc composé l’album ensemble. Est-ce simple d’équilibrer les forces en présence ? Comment s’est passé ton processus d’écriture ?

Tout a été fait ensemble. On est là, on répète et ça cherche. Ça peut commencer par le batteur, je peux valider un rythme et on tisse autour. Ou ça peut partir d’une nappe de Manu, ou d’un riff de guitare. On faisait tourner pour voir, pour chercher ensemble. Il fallait que chacun puisse être à la base de la compo d’un morceau. Les propositions sont vraiment différentes. Mes textes pouvaient venir en même temps ou après coup en réécoutant les instrus au calme. Tous les textes sont inédits pour le projet, je voulais m’insérer et slalomer à l’intérieur du processus créatif. Ça aurait été plus compliqué si c’était des couplets déjà existants: ça t’oblige à les insérer au forceps et à pousser les autres à s’adapter à toi. Ça ne m’intéresse plus du tout de faire ça.

J’ai aussi envie d’accompagner mon époque.

Sur quel(s) morceau(x) penses-tu avoir atteint un certain aboutissement de cette fusion entre rap et rock ? A mon sens, le projet donne tout son potentiel sur un morceau comme « La rage m’appelle ».

Oui, je t’aurais parlé de celui-là aussi. Le son est lourd, pesant et je chantonne dessus quoi ! Il y en a deux au fond, celui ci et « Comme une ombre » qui fait très vieux rock français. Ça aurait pu être un morceau des années 90 sur Chérie FM, j’aimais bien le riff. C’est le morceau de l’intégration (rires). Mais je trouve que c’est les deux qui ressortent. Les autres ont encore ce goût du rap, on sent qu’il y a cet apport.

Tu as également sorti des morceaux inédits en solo dernièrement, comme « Louve », où tu tentes d’autres choses. Est-ce qu’on peut attendre des prises de risque semblables pour ton prochain solo ?

Au moment où j’ai réédité mes premiers albums, j’ai envoyé des inédits pour le mix de Corrado. On lui a donné des petits trucs qui traînaient. Mon projet solo, je l’avais commencé, arrêté, et puis j’avais déjà des morceaux finis. Il y en a que je jouais en concert depuis un bout de temps, comme « Louve ». Mon prochain projet solo, ce sera vraiment différent, j’ai envie de faire d’autres choses, de piocher dans plusieurs inspirations. Ce qui est intéressant quand tu as connu plusieurs époques de rap, c’est que tu peux taper dans plusieurs trucs. J’ai aussi envie d’accompagner mon époque. L’éventail est large, on est plus obligé de rester ancré dans un style fixé.

On ne change pas une équipe qui gagne. Tu travailles toujours avec Hery et Laloo ?

Oui, parce que j’aime le confort relationnel. M’entendre avec quelqu’un et se comprendre, c’est essentiel pour faire de la musique. Je ne pourrais aller que sur Internet, prendre des instrus ici et là, mais moi la musique, j’ai besoin de contact. Avec la dématérialisation aujourd’hui, le danger c’est cette perte du contact. Ce sont des vrais collaborateurs, pas des pousse boutons. J’ai besoin de leur univers musical pour y confronter le mien, pour me remettre en question. Un morceau comme « Libérez la bête », c’est l’instru qui a orienté le texte. Je n’ai presque aucun mérite, le beat était martial. C’était déjà une battue, une chasse, il y avait ce truc immédiat. C’est ce morceau qui a donné le concept de l’album: la poursuite de l’anomalie, de la marge, de l’étranger.

On en revient encore à ton goût pour le collectif…

Ce sont les trucs collectifs qui me galvanisent, qui me stimulent, qui créent ce sentiment de compétition. Même en solo, tu n’es pas seule ! Les potes passent, te donnent leur avis, je suis avec Hery et Laloo pour faire ma musique. Je ne tiendrais pas toute seule, je veux m’éloigner au mieux de la mégalomanie. Il peut y avoir deux problèmes à la solitude: l’enfermement où tu peux penser que ta réalité est la réalité, ce qui peut être une certaine dérive. Et la sensation de surpuissance où personne ne te remet en question… Le déplacement, le truc qui te bouscule et te fait cogiter. Au final c’est toi qui choisis, mais le contact des autres, c’est ça qui te nourrit. On a tous un ancrage, on vient de quelque part. On est la somme de qui on fréquente, de ce qu’on aime, de ce qu’on voit…

C’est le refrain d’Infinit’ sur « Cru » : « J’suis l’mélange de tous les films que j’ai vus, des livres que j’ai lus/ Des kilos qu’j’ai fumés, des litres que j’ai bus ».

Mais c’est ça, c’est réel ! Même s’il peut y avoir une forme de défaitisme, ta vulnérabilité c’est que tu as besoin de l’autre. Clair et net. Même quand je suis seul, il y a du monde pour m’aider, pour la pochette, le son etc. Tu portes la parole seule mais Ausgang ce n’est pas moi, on est 4. Les autres s’en foutent de parler en interview mais ce disque ce n’est pas moi, je ne suis pas seul.

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@Tcho

Tu continues d’écrire dans tes périodes sans projet ou tu te focalises uniquement au moment où tu es dans la création musicale ?

Oui, c’est plutôt la deuxième mais ça m’arrive par contre de noter quand j’entends ou que je pense à des trucs. Ça m’arrive de voir un truc, une émission à la télé, à la radio, d’être percutée par quelque chose que je vois ou lis.

Tordre l’hymne national à Woodstock, qui aurait pu y penser à part un afro américain?

On sent depuis toujours dans ton écriture ce rapport acerbe vis-à-vis des médias et notamment de la télévision. C’est quelque chose qui t’inspire pour l’écriture ?

Tu as toute une élite intellectuelle en France qui bannit la télé comme si c’était le diable. Mais j’ai grandi avec et je kiffe ! J’ai appris plein de trucs par la télé et ça m’a surtout appris à aiguiser mon sens critique. Un de mes trucs préférés, c’est me poser devant la télé et pester. « Regarde ce qu’il vient de dire lui ! », me dire qu’il n’y a que des connards autour de la table. C’est un vrai exercice qui affine ta pensée, un truc de contradiction primaire. L’autre, à la télé, il s’en fout, il t’entend pas, mais tu imagines ce que l’interlocuteur aurait pu répondre etc.

On passe tous par là, mais c’est quelque chose de plus difficile aujourd’hui à l’ère des débats en continu et de l’info sur toutes les chaines. On peut vite s’y perdre.

Tu peux clairement t’engouffrer dans ton téléphone toute la journée à ce jeu-là. Comme chacun, il y a des trucs qui nous font plus réagir que d’autres. Tu réagis à des stimuli. Tu es stimulé par une embrouille avec ton voisin, par une histoire d’amour et c’est ça qui te fait écrire en fait. Parfois c’est simplement raconter ta relation du mois dernier. Cette embrouille, je vais la raconter juste pour la solder. Écrire, c’est comme solder les comptes. Solder les comptes avec des gens qui ne te connaissent pas, avec qui tu n’as jamais été en embrouille parfois. Mais ça fait du bien. Ça aide à évacuer, même pour un temps éphémère.

Dans « Chuck Berry », tu coupes court aux potentielles attaques concernant ta légitimité à faire du rock en affirmant que cela fait parti de l’ADN musical noir. L’appropriation culturelle est un débat qui revient fort ces derniers temps.

Après, le rock n’a pas été que noir. Il s’est nourri de la country par exemple, mais ça reste un dérivé du blues. Il est issu de cette Histoire. Le rap, le rock, le jazz, le gospel, tout ça, c’est né dans les champs de canne et de coton. Je n’ai pas de permission à demander, de légitimité à m’octroyer, elle est là de fait. Le rap et le rock sont les branches d’un même arbre. Après ça ne concerne pas que moi, c’est surtout un hommage rendu globalement à mes racines. Quand on parle d’appropriation culturelle, souvent on y met de la morale. Alors qu’au final, on s’en fout. La seule question qui compte c’est: à qui va les thunes ? Chuck Berry, je pense qu’il a crevé dans la misère, ce qui ne sera pas le cas de Keith Richards ou Mick Jagger. C’est même pas une question de couleur de peau, la musique appartient à tout le monde. C’est une question de répartition de l’argent, de respecter le sens de l’Histoire.

Dans le refrain de ce morceau, tu cites Chuck Berry, mais également Jimi Hendrix dont le cas est plus épineux. C’est paradoxalement le guitariste rock le plus connu de son époque sans n’avoir jamais été finalement une icône auprès de la communauté noire. Il n’a jamais vraiment pris position dans l’industrie.

C’est ça qui est intéressant je trouve. Même s’il n’a pas parlé de son appartenance à la race noire, et je peux comprendre qu’on ne veuille pas de cette étiquette en tant que musicien, Jimi Hendrix est noir ! Même inconsciemment, ce qu’il a fait est extrêmement parlant. Tordre l’hymne national à Woodstock, qui aurait pu y penser à part un afro-américain ? Tout le monde y voit une dénonciation de la guerre du Vietnam, mais j’y vois autre chose. J’y vois un afro-américain brûler le drapeau. Hendrix est né dans les années 40, il a vu la ségrégation. Il y a ceux qui parlent et ceux qui agissent. Hendrix, il a agi. Quand il brûle sa guitare dans des espèces d’accents vaudou, c’est le noir qui joue avec ses codes vaudou. Hendrix a évolué dans une industrie où s’affirmer en tant que noir aurait pu le mettre en difficulté, ou peut-être qu’il n’en avait pas envie car il était simplement universel. Tout être est universel. Il a mordu la gratte, il a mordu l’hymne. Je te dis que ce n’est pas un hasard si c’est le seul rockeur à avoir pensé à tordre l’hymne de cette façon.

C’est plutôt vertigineux de le mettre en parallèle du parcours d’Eminem dans le rap des années 2000.

Ça transvase. Par un phénomène d’identification, même pour le rap, ce n’est pas illogique que Presley soit le plus grand rockeur et Eminem le plus grand rappeur de la décennie 2000-2010. Eminem, on remet rien en question, talent de ouf. Presley, pareil. Mais on sait très bien que si c’est eux qui ont vendu, c’est parce qu’ils sont blancs. Portés par l’industrie. Dans le cas de Hendrix, son tour de force, c’est d’avoir réussi malgré le fait d’avoir été noir. Et c’est l’un des rares à avoir effacé sa couleur. Quand on y pense, on ne l’associe même pas avec sa couleur en fait. Il est guitariste. Quelque part, il a vraiment réussi à tenir la place qu’il voulait.

Les femmes, elles ont tout dit…Qu’est ce qu’elles doivent dire de plus ?

Est-ce que cela ne participe pas à cette espèce d’effet pervers, à savoir accepter l’autre uniquement quand il nous divertit ou qu’il est talentueux ?

Oui, bien sûr ! Justement parce qu’Hendrix n’a pas parlé de ça, qu’il ne l’a pas exprimé. Je ne lui reproche pas car dans une telle période, c’est compliqué. Je n’ai pas de procès à faire, il y a des contextes où il en va de ton taff. Tu n’es pas venu t’autodétruire. Il a tout dit en jouant.

Autre sujet brûlant dans l’actualité : les questions autour de la cause féminine. Sans faire de toi une porte-parole, tu as été une des plus grandes représentantes féminines du rap en France sans pour autant véritablement le mettre en avant. J’imagine que ce qui se passe actuellement doit te toucher.

C’est clair que c’est mortel ce qui se passe. Il y a une écoute plus accrue, de la part de toute une partie de la frange masculine qui est en capacité d’entendre et d’écouter. Réfléchir à leurs privilèges, à comment ils les utilisent, à ne plus être dispensés de réfléchir à des questions qui nous concernent tous. Ce sont des questions universelles. Et de l’autre coté, comment les femmes s’autorisent de plus en plus à se départir du regard social de l’homme. C’est vraiment la portée sociale qui est importante.

Pour une artiste de la parole, tu dois voir quelque chose de puissant dans la libération des témoignages de toutes ces femmes blessées.

Il y a un vrai effet boule de neige. Comme pour l’affaire Matzneff, de partout on débusque ceux qui vivaient en toute impunité, sans avoir à réfléchir à cette question. Il y a une masculinité du futur qui est train de se mettre en place et c’est très bien. On peut pas se claquemurer dans un privilège et se dire : « Je ne suis pas concerné ». C’est un équilibre, des forces en équilibre et il faut y réfléchir. Quelle est ma condition d’homme? Quel est mon pouvoir ? Comment je l’utilise ? Tu ne peux pas t’indigner des violences policières d’un côté et ne pas te rendre compte de tes abus en tant qu’homme d’un autre coté. C’est une réflexion à 360 degrés, c’est global. Réfléchir la race, le sexe, la sexualité…

Il y a également un vrai enjeu des hommes vis à vis de leur masculinité.

Depuis longtemps, la construction de la libido de l’homme vient se greffer à une forme de soumission de la femme. Tu te rends compte que par défaut, il y a un certain doute: comment être un homme sans être en négatif de la femme? La question, en vrai,  c’est : comment être un bonhomme? Cette discussion peut permettre aux hommes de dire qu’ils ne veulent pas jouer un rôle et être enfermés dans un carcan. Il y a toujours un phénomène d’effet de groupe et de pression sociale, on ne va pas se mentir. Ça devient intéressant parce que ça va permettre aux hommes d’avoir des conversations à ce sujet. On veut toujours que cette question du féminisme soit portée par les femmes, mais c’est une question qui doit être portée par les hommes. Les femmes, elles ont tout dit…Qu’est ce qu’elles doivent dire de plus? Elles le disent depuis des siècles. C’est aux hommes d’en parler entre eux! J’en vois plein qui commencent à se poser la question une fois qu’ils ont des filles… C’est dommage d’en arriver là. Au lieu de parler de « boule » dans les vestiaires, qu’ils réfléchissent à toutes ces questions là entre eux. Qu’ils regardent cette complexité en face et arrêtent de casser les couilles aux filles pour leur dire comment elles devraient être. Il n’y a qu’une meuf qui sait comment être une meuf.

Entretien réalisé avec Sébastien Laurent.