C.Sen : « C’est plutôt miraculeux que je fasse des albums »

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Vertiges

C.Sen

C.Sen : « C’est plutôt miraculeux que je fasse des albums »

Le rappeur du XVIIIème arrondissement de Paris est sorti de l’ombre en 2018 avec Vertiges, son nouvel album. Depuis un banc de Montmartre, C.Sen est revenu pour nous sur le cheminement qui a donné naissance à ce dernier opus.

Tu as fait une longue pause depuis ton précédent album, est-ce qu’il y a une raison particulière à ça ?

Je ne suis pas dans le game, ça ne marche pas tous les jours, j’ai ma vie, j’ai un fils. Là, j’ai l’intention d’enchaîner des disques mais dans ma perception, c’est plutôt miraculeux que je fasse des albums. C’est compliqué de dévouer toute sa vie à la musique quand ça ne te rend pas riche. Je suis quand même content, j’ai fini par faire un bel album. Je fais des disques quand je sens que je suis dans de bonnes conditions. Même quand je ne sors rien, je continue d’écrire, de rapper, d’écouter du rap, de taffer mes techniques. J’ai mis beaucoup de temps à trouver la direction musicale pour ce projet, et après, j’ai mis une bonne année à faire l’album. Je voulais que ça soit simple, je voulais pas quelque chose de torturé.

Sur Vertiges, les thématiques sont plus précises que sur tes précédents albums, et dans l’ensemble c’est plus épuré aussi j’ai l’impression ?

Je l’ai vraiment bossé comme ça. Pendant la période d’écriture, j’ai voulu que ça soit intelligible, bien compréhensible, j’ai bien réfléchi à ce que je voulais dire, donc c’est moins « brouillon » qu’auparavant. Au niveau des placements, des respirations, je l’ai vraiment travaillé longtemps, j’ai travaillé tout un été, j’ai fait que rapper sur les prods, pour essayer de rendre le résultat simple et digeste mais au final c’est plus compliqué que ce que je fais d’habitude.

Dans tes morceaux tu exposes tes contradictions et tes tiraillements, notamment entre Paris XVIII et un ailleurs plus clément, dont le Brésil auquel tu fais souvent référence. Est-ce que ton rap, c’est aussi une manière de trouver un équilibre par rapport à tout ça ?

Non, ma musique, c’est : je traduis ce que je pense et ce que je vis. Ce n’est pas une solution, c’est un besoin. Chaque fois que je fais un nouveau morceau, c’est comme un petit miroir déformant qui me rend un peu mieux que ce que je suis. C’est une manière de transformer mon quotidien, que je n’apprécie pas toujours. Dans ce sens là, c’est une réponse à ce que je vis, mais ce n’est pas une solution. Je ne règle pas ma vie par la musique, en revanche c’est un bon moyen de la traduire. Ça me met en face de ma vie. En dehors de ça, quand je suis à Paris, je pense au Brésil, quand je suis au Brésil je pense à Paris. Le recul, c’est une bonne chose. Quand je suis loin de Paris, je me souviens de ce que j’aime dans cette ville, ça donne de la clairvoyance quand tu t’éloignes.

« Je ne règle pas ma vie par la musique, en revanche c’est un bon moyen de la traduire. »

Sur cet album tu travailles avec Keno, un nouveau beatmaker. Comment est venu cette collaboration ?

Dax, avec qui je bosse depuis longtemps, m’a appelé un jour, pour me dire : « on a plein de prods d’un jeune qui est inconnu mais nous on trouve ça fou ce qu’il fait, et on aimerait bien avoir ton avis dessus ». J’ai écouté, j’ai pris une énorme gifle. En plus à ce moment là, ça faisait quasiment six mois que j’écoutais des sons, je trouvais un beat par-ci, un beat par là, mais pas de direction générale, donc c’était un peu un miracle. On s’est retrouvé au bon endroit, au bon moment. J’ai été signé chez PIAS, parce que on a décidé de faire l’album ensemble. Au delà de ça, c’est une personne géniale, on se marre, artistiquement on se comprend. C’est son tout premier projet, c’est un jeune mec d’Auxerre, sur scène il est avec moi, il assure grave. C’est ma rencontre avec lui qui a donné lieu à cet album.

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© Faycal Guerengomba

Concernant les clips qui illustrent certains morceaux de l’album, c’est singulier, même étrange, ça tranche avec ce qu’on voit habituellement dans les clips de rap…

Ce sont les mecs qui s’occupent de moi au niveau de l’image qui ont eu ces idées, ce sont des amis, et je leurs avait dit : « je ne veux pas voir ma tête », ils m’ont répondu : « on va faire ta tête dans toutes les matières ». Au début je n’ai pas compris, puis ils m’ont expliqué le concept, et j’ai trouvé ça intéressant. Je n’aime pas occuper le terrain sans vraiment montrer ce que je fais. Le pire syndrome du rap, c’est « bientôt dans les bacs » mais le projet ne sort jamais. C’est déjà difficile pour l’artiste, et c’est chiant pour les auditeurs. J’ai préféré me faire discret jusqu’à ce que j’ai quelque chose à montrer. Le fait d’avoir six vidéos lyrics au lieu d’un ou deux clips, c’était un bon moyen de revenir avec pas mal de matière, et je trouvais ça bien de mettre le texte en avant. Prochainement, on devrait proposer des clips plus classiques.

Le pire syndrome du rap, c’est « bientôt dans les bacs » mais le projet ne sort jamais.

Pour finir, tu écoutes quoi ce moment ?

Timal, comme tout le monde (rires). Il me fait un peu penser à Sidi-O, c’est vraiment le rue en personne mais avec un bon cerveau. Sinon Hayce Lemsi, je le trouve fort. En rap américain, c’est Dave East qui me rend ouf, il sort projet sur projet, et c’est super riche, il y a toute l’âme du hip hop d’avant mais c’est à l’heure, c’est mortel !

Cette interview est une contribution libre proposée par Hugues Marly. Vous pouvez vous aussi nous envoyer vos propositions de contributions depuis notre page Contact.

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