Bishop Nehru – Elevators: Act I & II

Mars 2018

Bishop Nehru

Elevators: Act I & II

Note :

​AprĂšs plusieurs annĂ©es de prĂ©sence sur les radars des amateurs du genre, des EP et morceaux trĂšs prometteurs distillĂ©s Ă  l’envie, voici enfin Elevators: Act I & II, le premier album studio de Bishop Nehru avec Kaytranada et MF DOOM Ă  la baguette. Excusez du peu.
Deux salles, deux ambiances. Si l’annonce ne fait pas rĂ©fĂ©rence Ă  la derniĂšre boĂźte branchĂ©e du coin, cet aphorisme rĂ©sume bien le parti pris par Bishop sur ce premier LP. En laissant la main Ă  Kaytranada sur la premiĂšre partie de cet opus puis en laissant MF DOOM clĂŽturer le projet, il dĂ©cide de livrer son projet musical Ă  deux artistes au savoir-faire diffĂ©rent. Nul besoin d’avoir une oreille de musicologue patente pour s’en apercevoir dĂšs les premiĂšres secondes des morceaux caractĂ©ristiques de ce parti pris (les meilleurs exemples Ă©tant « No Idea » pour la side A et « Again & Again » en side B).

Si la premiĂšre partie d’Elevators est composĂ©e de beats taillĂ©s par Kaytranada et son groove auquel il n’hĂ©site pas Ă  adjoindre des nappes electro, la descente est assurĂ©e par l’inspiration jazzy et un peu moins dansante d’un MF DOOM malgrĂ© tout en grande forme et capable d’offrir au profane des beats plus accessibles qu’Ă  l’accoutumĂ©e. Une montĂ©e trĂšs dansante et euphorique dans la musicalitĂ© et dans les lyrics. Une descente sans concession musicale et tournĂ©e vers ce qui dĂ©crit la part sombre de la personnalitĂ© de l’artiste.
En choisissant de donner deux faces Ă  son projet et de distinctement associer une face à chaque producteur, Bishop Nehru prouve s’il est nĂ©cessaire qu’il est un rappeur de son temps. Un temps oĂč les producteurs sont de plus en plus mis en avant et ont tendance, comme les DJ qui invitaient des MC aux premiĂšres lueurs du hip hop, Ă  signer la direction artistique d’un opus. De ce point de vue, c’est le sans faute.
Il y a cependant quelques hics dans ce projet qu’on ne peut passer sous silence. Le premier d’entre eux est la dichotomie trop franchement marquĂ©e par les diffĂ©rentes productions et ce contraste justement pas assez prĂ©sent dans les textes. Si le jeu de la dualitĂ© est une bonne astuce souvent Ă©prouvĂ©e, et mĂȘme s’il la dĂ©cline de bien des maniĂšres (ascension puis descente, 2 beatmakers, 2 facettes de sa personnalitĂ©), le truc ne prend pas et on assiste peut ĂȘtre Ă  l’invention musicale de l’ascenseur horizontal. En gros, le projet bien que porteur de quelques sons vraiment trĂšs rĂ©ussis, est un peu plat.
On ne parle pas de technique bien entendu, les protagonistes sont au-dessus de tout soupçon, mais bien d’arriver Ă  crĂ©er une accroche qui rendrait l’opus vraiment excitant. Il y a une part d’ombre dans cet opus dont on ne sait pas si elle est prĂ©mĂ©ditĂ©e ou si c’est un effet de bord de cette composition au final un peu chaotique.

Il est pourtant difficile de rester sur cette impression nĂ©gative tant les forces en prĂ©sence sont prometteuses et dominent leur sujet. Disons qu’individuellement, ou si le projet avait Ă©tĂ© sĂ©parĂ© en deux EP distincts, il aurait surement conservĂ© une authenticitĂ© et une fraĂźcheur qui auraient surement justifiĂ© une ou plusieurs chroniques et l’analyse de ce projet. En l’occurrence, nous ne pouvions passer Ă  cĂŽtĂ© parce que les talents sont lĂ  mais l’impression qui reste est en demi-teinte. « No Idea », « The Game of Life », « Get Away » et « Rollercoasting » sont par exemple des tracks de trĂšs bonne facture (avec toute la subjectivitĂ© de notre avis) mais l’ensemble n’y est pas. Tant pis, si le jeune Bishy parvient Ă  solliciter de telles pointures, c’est sĂ»rement qu’il pourra rĂ©itĂ©rer son exploit et certainement davantage Ă©quilibrer un prochain projet. La suite donc.

Bishop Nehru – Elevators: Act I & II