YG – 4REAL 4REAL

YG - 4REAL 4REAL
Mai 2019

YG

4REAL 4REAL

Note :

Si les deux premiers albums de YG ont fait l’unanimité, le suivant en a lui laissé certains sur leur faim. De retour moins d’un an après cette dernière sortie, le rappeur de Bompton est encore plus attendu qu’à l’accoutumée.

Que ce soit avec la cover ou le titre de ce nouveau projet, il est quand même très difficile de ne pas comprendre que cet album est le 4ème de sa discographie. Ces 4 images sur lesquels il porte un haut de sa marque de vêtement 4Hunnid, ainsi que cette expression populaire for real for real qu’il reprend pour le nom de cet opus 4REAL 4REAL, sont des indices assez gros qui mettent à l’honneur ce chiffre 4. Mais finalement, ce qu’on retiendra tous de cette pochette, c’est bien ce message rendant hommage à son ami et partenaire de longue date assassiné le 31 mars dernier…

In Loving Memory of Nipsey Hussle

Pour une fois, je vais ouvrir une chronique en commençant par le dernier morceau. Sur« My Last Words (Nipsey Tribute) », YG a décidé de reprendre son discours prononcé lors de cette soirée hommage au Staples Center. Des funérailles XXL pour Nipsey Hussle qui auront mobilisé bien au-delà de la communauté de Los Angeles. L’artiste et activiste de Crenshaw est rapidement devenu un mentor pour YG avec son état d’esprit d’entrepreneur, devenant même depuis l’incarnation absolue du self-made man dans le culture Hip Hop.

Sur « Hard Bottoms & White Socks », qui sert d’ouverture intimiste à cet album, le MC de Compton dresse un premier bilan sur son statut dans le rap game et plus particulièrement sur la côte Ouest. Bien aidé par cette production minimaliste et efficace de Lil Rich, YG ne se cache pas derrière les artifices habituels et se livre un peu plus qu’à son habitude, rendant une nouvelle fois hommage à Nipsey.

When you think about the West, it’s me and Nip, red and blue

Tout comme Nip, le blood de Compton vise lui aussi l’indépendance artistique, et ce n’est pas son tweet ci-dessous lâché seulement quelques jours avant la sortie de son nouvel album qui va me contredire. Le compte à rebours contractuel a commencé, et je ne sais pas si c’est forcément une bonne nouvelle pour sa prochaine (et donc dernière) sortie chez Def Jam. Visiblement, il a déjà la tête ailleurs…

Du côté de son pote Mustard (qui a abandonné pour l’occasion le ‘DJ’ dans son pseudo), l’envie est la même avec déjà une longueur d’avance puisque le hitmaker a décidé de vendre la moitié de son catalogue pour racheter tous les contrats qui le liaient aux maisons de disque. Le but : devenir dorénavant le seul bénéficiaire de son travail, collant parfaitement au slogan et nom de label All Money In, No Money Out de Nipsey.

Mustard on the beat, ho!

Les morceaux suivants nous ramènent en terrain connu puisqu’on retrouve les habituelles collaborations avec Mustard, mais avec à la clé quand même quelques surprises. Tout d’abord, ce « Bottle Service » concocté avec le duo de producteurs CuBeatz (à qui l’on doit aussi le « PGP » de Booba) nous plonge lui dans un rythme effréné, prenant et qui convient au final très bien à YG. Un dialogue endiablé avec des réponses du tac au tac qui tranchent complètement avec le premier morceau de l’album, qui fait du coup plutôt office de prélude.

Le titre suivant « In The Dark » est lui aussi entraînant mais dans un style bien différent, où les chuchotements apportent une certaine couleur. La vibe est plaisante malgré un contenu très pauvre, où le grand moment se résume à faire rimer peek-a-boo avec Pikachu… Tout comme le morceau précédent, la basse hypnotique de « I Was On the Block » fait elle aussi son effet. Le rappeur de Compton s’essaie à un nouveau flow très influencé (pour ne pas dire copié) sur celui de son invité Valee. Mais ce qu’on retiendra surtout de cette collaboration, c’est la prestation de Boogie. Le protégé d’Eminem, en très grande forme, continue sur la lancée de son excellent projet de début d’année, Everythings For Sale.

Avec « Go Loko », on est à la fois dans le cliché et dans quelque chose qui définit tellement bien l’emprise de la culture latine sur la cité des anges. YG, Tyga et Jon Z forment un trio de mariachis assez surréaliste qui ne se démarque pas par la richesse de leur discours, mais par des gimmicks entêtantes qui rendent sous certains aspects ce titre addictif. Un véritable folklore qui ne laissera personne insensible. On adore ou on déteste.

Le bilan de ces collaborations entre YG et Mustard est finalement plutôt bon avec quelques innovations à saluer qu’on avait déjà un peu entrevues sur STAY DANGEROUS.

Premier extrait de ce projet, « Stop Snitchin » est un titre qui fait bien évidemment référence aux déboires judiciaires de 6ix9ine et au beef qu’entretiennent les deux rappeurs depuis quelques temps maintenant. On a quand même connu plus efficace de la part de YG comme premier single, et ce n’est pas le remix avec DaBaby (encore présent sur une grosse sortie) qui va apporter une réelle plus-value.

Do You Wanna Dance?

Avec le morceau « Keisha Had a Baby », on retrouve YG dans un exercice de style popularisé par 2Pac (« Brenda’s Got a Baby ») où on ne l’attendait pas forcément. Un storytelling divertissant produit par Swish, tout comme le titre suivant « Heart 2 Heart » en compagnie de Meek Mill. Les BPM sont clairement ralentis et les refrains sont maintenant assurés par Arin Ray et Rose Gold, quand SAFE s’occupe lui du « Play Too Much ». Les ambiances sont très smooth, rien de désagréable, mais ce n’est pas dans cet univers où je trouve YG le plus efficace.

« Do Not Disturb » et « Do Yo Dance » relancent complètement la machine. Deux bombes West Coast juste parfaites sur lesquelles Kamaiyah se distingue une nouvelle fois. Des collaborations qui peuvent compter aussi sur les apports de G-Eazy, Ty Dolla $ign, RJ et Mitch. Sur ce « Do Yo Dance », il suffit simplement de fermer les yeux pour voyager à moindre coût destination Los Angeles et se retrouver au milieu d’une pool party déjantée. La vibe est tellement bonne que pour moi, ce titre justifie à lui tout seul l’achat de cet album. Est-ce nécessaire de préciser que j’en fais mon titre préféré ? Idéal pour l’été.

Encore debout à gesticuler sur ce « Do Yo Dance », la fin d’album est pour le moins bizarre avec ce « Her Story » sur lequel YG introduit Day Sulan pour lui laisser ensuite l’intégralité du morceau. Très gentleman de sa part, mais sur un album solo (et non pas une compilation) ce genre de détail me dérange toujours… Du coup, son discours hommage à Nipsey se retrouve en sandwich entre ce titre et un remix lambda. Pas forcément la place idéale…

Encore un album et puis s’en va

Ce 4REAL 4REAL se situe visiblement plus dans la lignée de son projet précédent sans pouvoir prétendre au même impact généré par ses deux premiers albums. Cela n’en fait pas pour autant une sortie ratée mais un opus correct qui doit finalement jongler avec beaucoup trop de contraintes différentes pour emporter l’adhésion totale, même de ses plus fervents supporters. Un album de plus qui vient étoffer la discographie d’un artiste qui, visiblement, n’attend plus qu’une chose : être libéré de ses obligations contractuelles pour entamer une nouvelle page. Encore un album et il aura enfin les pleins pouvoirs.