Pouya, l’antihéros de Miami

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Pouya

En concert au YOYO

Pouya, l’antihéros de Miami

Précurseur d’une scène floridienne alternative et fer de lance d’une génération SoundCloud éloignée du mumbling, Pouya va traverser l’Atlantique pour la première fois et réaliser une tournée mondiale avec un passage évident en France.

Lil Pou, l’un de ses nombreux surnoms, est prêt à franchir le cap, bien que rongé par l’anxiété de satisfaire une communauté de plus en plus large au fil des années. C’est le YOYO qui a décroché le gros lot pour une date le 17 octobre, accompagné de son pote producteur/rappeur Shakewell en première partie. Écartez-vous et faites de la place pour le « white boy with the long hair everybody looking at » !

La naissance de Baby Bone

Il n’est pas si lointain le temps où Pouya s’amusait à faire des vidéos mythiques avec le Raider Klan. Inutile de rappeler l’influence que le crew de Miami a pu avoir sur l’ensemble du game depuis leurs premiers pas. Le génie de Denzel Curry, la thug life de Yung Simmie, la créativité de SpaceGhostPurrp ou le beef avec les gars d’A$AP Mob ont tous leur part du gâteau dans ce qu’est le rap aujourd’hui. Dans l’ombre du groupe, Kévin de son prénom, se dit qu’il a une carte à jouer bien qu’il ne soit pas, à l’époque, le prototype même du rappeur. Après quelques vidéos pour le fun avec son plus proche compagnon Fat Nick, c’est avec N3LL, un autre membre du RVIDXR KLVN (comme il est souvent stylisé), que Pouya va faire ses débuts micro en main.

Les fins connaisseurs et fans des Bone Thugs-N-Harmony reconnaîtront automatiquement le sample de « Shotz To Tha Double Glock », extrait du cultissime album E. 1999 Eternal. Considéré comme des pionniers du Gangsta Rap, le trio de Cleveland aura plus qu’influencé la carrière de Pouya, à commencer donc par son premier titre. Il va également largement s’inspirer du flow d’un des membres, le légendaire Layzie Bone. Sa dégaine juvénile et sa façon de rapper similaire à son compère vont lui permettre d’acquérir le surnom de Baby Bone.

Bien que son apparence physique laisse une première impression perplexe, le blanc bec va progressivement faire taire les critiques, musicalement parlant. Après deux mixtapes postées sur Datpiff, Don’t Sleep On Me Hoe et Fuck It, Pouya va profiter de l’avènement de deux phénomènes des années 2010. La première sera l’utilisation de la plateforme SoundCloud sur laquelle il postera une troisième mixtape éponyme à son surnom : Baby Bone. La deuxième est d’avoir filé l’un des titres phares de l’opus, et de sa carrière, à la chaîne musicale underground bien tissée sur la toile : FXRBES.

L’année 2013 fut d’ailleurs un tournant pour Pouya. Grâce à la mixtape précédemment citée puis une affiliation intelligente au label Smart Stunnas de Robb Banks (proche du Raider Klan, fils du légendaire Shaggy et présent sur le banger de son pote Denzel Curry « Threatz« ) et enfin par deux projets de fin d’année en collaboration avec SDotBraddy sur Warbucks pour le premier et en compagnie de Sir Michael Rocks, membre du groupe The Cool Kid, sur Gookin’ pour le second.

Tell Your Anxiety to Go Fuck Itself

On pourrait appliquer la formule merchandising de Kepner sur Pouya. Comme de nombreux artistes, Lil Pou a délivré le bon produit, au bon moment, au bon endroit, au bon prix (gratuit) et en bonne quantité (illimité). Cette incroyable fin d’année va considérablement apporter de la visibilité à Pouya, peut-être trop rapidement. Notoriété acquise, le rappeur débute alors une sorte de spleen que l’on aperçoit dès les premières notes du projet suivant : Stunna, que l’on peut traduire par étourdi. Opus qui va en quelque sorte montrer au grand jour l’anxiété qui le ronge depuis qu’il a quitté l’école à 18 ans. Pouya n’a pas attendu Kanye West pour parler de ses problèmes et ne s’en cache pas.

Fan de la première heure, moi-même, je ne pensais pas que le svelte homme connaîtrait une telle ascension. Sa plus grande réussite, c’est d’être rester vrai, tel qu’il est, sans sourciller. Continuer son parcours en totale indépendance par le biais de son label Buffet Boys, persévérer en compagnie de ses proches de tous les jours comme Fat Nick, Germ, Shakewell, Mikey The Magician et d’avoir le succès modeste, peu importe la renommée et les retombées.

C’est dans cette même optique que son premier album Underground Underdog verra le jour. Confié entièrement à son pote Getter, producteur réputé dans le monde électro et rappeur boom bap pour passer le temps, UU titille les sommets grâce à ses 14 titres et 36 minutes de hip-hop diversifiés, servant d’ombre à l’intouchable Drake qui a sorti Views le même jour.

Sa musique et son talent ne passent plus inaperçu, d’abord dans l’underground où le rappeur continue de multiplier les collaborations avec des artistes de sa génération et de son univers. Ghostemane, Bones, Craig Xen, Alex Wiley ou encore Rome Fortune$UICIDEBOY$Night Lovell pour les plus connus, sont passés dans les filets de Pouya. Mais également des feats plus prestigieux avec des cadors tels que Ghosface Killah notamment, sur le remix de Dat $tick de Rich Brian ou des Ying Yang Twins.

I’m in love with the Coco

Les influences du bonhomme lui permettent également d’acquérir une culture musicale non limitée au hip-hop. Il n’est pas rare de croiser Pouya arborer un t-shirt des Nirvana, de le troquer le lendemain pour un légendaire tissu du duo Outkast et dans l’absolu, collaborer avec Volumes, un groupe de métal progressif de LA. Même si on retrouve une grande diversité chez l’artiste, c’est bien le double H qui le passionne. Avant de travailler sur son nouvel album, Pouya se fait plaisir avec Fat Nick sur Drop Out Of School ou avec Ghostemane sur différents singles.

Toujours sans signature en major, Pouya va décider de s’attaquer en parallèle à la réalisation de son nouvel album, dont il l’offre cette fois-ci la production à Mikey The Magician excepté « Weighing On Me », réalisée par Chevali. Rien de plus logique donc d’atteler MTM à la plupart des instrumentales pour celui qui souhaite écrire un opus beaucoup plus personnel, comme il le confie lui-même. Pouya va également faire le choix de ne pas jouer la surdose de featurings. Seul Night Lovell est présent sur la tracklist de FIVE FIVE, référence à sa taille (1m65). Celui que vous devez écouter, c’est lui et personne d’autre, d’autant plus que le rappeur a des choses à dire.

On peut commencer par l’amour dont il a croisé le chemin avec Courtney. Déterminante dans sa carrière et sa vie de tous les jours, Coco est aux côtés de Pouya lors des moments difficiles qu’il engendre via la notoriété et l’anxiété que cela peut lui causer. Coup dur alors lorsqu’il apprend que sa « Coco » est diagnostiqué par un cancer rare : le Synovial sarcoma. Il parle de leur relation sur « Weighing On Me » :

You come and you go
You left me I needed some more
I need you to grow
I can’t do a thing without you
Go insane without you

Véritable livre ouvert, FIVE FIVE nous emmène dans l’esprit tourmenté de Pouya. Très intimiste, le rappeur préfère parler de ses problèmes page par page et ne pas les laisser pourrir au fond du tiroir. Sur « Void » par exemple où il confronte le vide qui le hante et le bon vieux temps, ou par l’évocation de ses sombres pensées sur l’outro au nom évocateur « Suicidal Thoughts In The Back Of The Cadillac Part 2 ».

Sur courant alternatif, on passe d’un track à un autre sans la moindre gêne, d’un énergique « Back Off Me » ou « One Time » à un « Voices », plus adouci. La versatilité de l’artiste est parfaitement additionnée aux instrumentales adaptées au bon vouloir de Pouya.

Aussi simple que complexe, dépressif mais énergique, Pouya est un personnage attachant et sincère dont on retrouve la personnalité au travers de sa musique. Bien qu’il soit photophobe, les lumières seront braqués sur lui lors de sa tournée européenne et son show français qu’il ne faudra louper pour rien au monde.

Playlist : Pouya en 20 sons

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