Slimka – No Bad, Vol. 2

Slimka - No Bad, Vol. 2
FĂ©vrier 2018

Slimka

No Bad Vol. 2

Note :

Presque un an après la sortie du très remarquĂ© No Bad vol. 1, le genevois Slimka avait annoncĂ© son retour avec le clip de « Diego » sorti fin 2017, un clip qui annonçait la couleur barrĂ©e, dĂ©calĂ©e et originale d’un projet Ă  venir : l’album No Bad, Vol.2.
Le moins que l’on puisse dire est que Slimka a Ă©tĂ© particulièrement actif ces derniers mois puisqu’on a pu le voir faire une apparition sur la chaĂ®ne COLORS pour un freestyle très rĂ©ussi, au sein du trio de la Superwak Clique qu’il forme avec ses compatriotes Makala et Di-meh, avec qui il partage la paternitĂ© de l’excellent « Depeche Mode » qui a fait l’effet d’un petit boulet de canon dans le paysage du rap francophone en fin d’annĂ©e dernière. Mais qu’en est-il de ce nouveau projet signĂ© George de la Dew, Diego ou Domingo, ses nombreux alias selon l’humeur du moment ?
Pour les quelques informations gĂ©nĂ©rales concernant l’album, rappelons qu’il est sorti sous la coupe du label Colors, qui avait fait signer Slimka courant 2017 et assurer la distribution de No Bad premier du nom. La pochette nous montre le Suisse torse nu pour laisser admirer son tatouage, sur lequel on lit le nom de son collectif, preuve s’il en fallait de son attachement Ă  l’esprit d’Ă©quipe, qui va se retrouver au cours de l’album avec de nombreux featurings. La pochette est peut-ĂŞtre aussi un clin d’Ĺ“il au passif de Slimka dans le mannequinat. Derrière les machines, c’est l’excellent Pink Flamingo (qui officie aussi comme rappeur sous le nom de Varnish la Piscine) qui assure la majoritĂ© des productions.

Et ces productions mĂ©ritent qu’on s’y attarde un petit peu. Le savoir-faire de Pink Flamingo pour tout ce qui a trait Ă  la composition se rĂ©sume en un oxymore simple : le chaos organisĂ©. « Switchant » avec une facilitĂ© dĂ©concertante d’une esthĂ©tique musicale Ă  une autre, le risque est de voir s’Ă©clipser Ă  tout moment la cohĂ©rence gĂ©nĂ©rale du projet au profit d’une bouillie d’idĂ©es audacieuses mais dĂ©sordonnĂ©es. Ici, disons-le tout de suite ce n’est pas le cas, et Ă  la manière d’un architecte fou, Pink Flamingo maintient un Ă©quilibre, certes fragile, mais admirable au vu des influences plurielles qui traversent le projet. Le premier titre, « Dinasty », est l’exemple parfait de sa manière de faire, lançant des pistes, les dĂ©samorçant, abandonnant une idĂ©e pour la retravailler un peu plus tard. Oscillant entre funk, jazz, pop ou trap ; citer toutes les facettes de l’album est finalement aussi fastidieux qu’impropre Ă  en dĂ©crire la couleur gĂ©nĂ©rale. Chaque nouvelle Ă©coute est une source de surprises. En un mot comme en mille : mindfuck.

« J’parle sans l’speech, rien à foutre de l’incendie, M.C. laisse moi tranquille,
reste en piste avec ton esprit vide »

Slimka – « Circus Wroum Wroum »


CĂ´tĂ© rap, il est Ă  peu près aussi difficile de dĂ©gager des thèmes rĂ©currents chez Slimka qu’il l’est d’Ă©tiqueter la musique de son producteur. Entre mysticisme et « pantouflardise », tension sexuelle et drogues douces, le mot d’ordre est libertĂ©. Ă€ l’intĂ©rieur mĂŞme des morceaux les images s’entrechoquent, se superposent, se contrastent, le tout Ă  un rythme qui ne laisse pas l’auditeur souffler. Sans ĂŞtre d’un lyricisme tapageur, l’Ă©criture du membre de la Superwak est imprĂ©visible, atypique et rafraĂ®chissante, Ă  l’image de ce que proposent ses deux compères Di-meh et Makala. Il n’est donc pas Ă©tonnant de les retrouver en featuring sur trois des morceaux de l’album, « XPO » pour Di-meh, « Dinasty » et « Crazy Horses » pour Makala, « Crazy Horses » sur lequel apparaĂ®t Ă©galement RomĂ©o Elvis, qui n’est pas non plus avare en lyrics hallucinĂ©es.

Autre point notable : les rĂ©fĂ©rences. Ă€ l’image du reste de l’album ça part dans tous les sens, de Pete Sampras Ă  Ben Affleck, de Bacary Sagna Ă  Nirvana, le name dropping nous laisse sur une impression de failles spatio-temporelles oĂą d’anciennes gloires du sport cĂ´toient des stars de la pop, tout cela semblant on ne peut plus naturel dans le monde bien Ă  part de Slimka.

« « J’suis dans un monde de merde, mais j’regarde les étoiles, on est train de le
faire, SuperWak est là pour vous sauver » »

Slimka – « Diego »


Il serait tentant d’associer Slimka Ă  d’autres noms du rap francophone et international, ce procĂ©dĂ© permettant de s’y retrouver dans une scène toujours plus florissante et variĂ©e. On a entendu les noms de XXXTENTACION, Tyler the Creator, et toutes ces comparaisons sont pertinentes si on les admet sous un certain angle. Toutefois elles ne font pas justice Ă  l’essence de la musique qui compose ce projet, qui propose des choses rarement – voire jamais – entendues jusqu’ici, et ne reflètent sĂ»rement pas l’idĂ©e transversale et fĂ©dĂ©ratrice de celui-ci : la libertĂ© crĂ©atrice.

Tout au long de l’Ă©coute on est frappĂ© par ce surrĂ©alisme phonĂ©tique et sĂ©mantique dans les textes et les flows, qui se dĂ©clinent Ă  merveille dans les compositions de Pink Flamingo, mais aussi dans les clips, le code vestimentaire, les prestations scĂ©niques… Slimka nous prouve ici qu’il est un artiste complet, indĂ©pendant, un peu fou aussi, mais un des plus exaltants du moment, en nous prouvant par la mĂŞme occasion qu’il ne se rĂ©sume pas qu’Ă  ses concerts (auxquels nous recommandons quand mĂŞme chaudement d’assister). De quoi nous tenir en haleine d’ici ses prochaines apparitions !

Ecouter No Bad Vol. 2 de Slimka



Cet article est une contribution libre de LĂ©o Loctin. Vous pouvez vous aussi nous envoyez vos propositions d’articles depuis la page contact.