Anderson .Paak – Oxnard

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Anderson .Paak – Oxnard

Le danger d’un album suivant un classique comme Malibu est de souffrir de la comparaison inévitable. Oxnard n’échappe pas à la règle de trois :  troisième album, qui alterne le chaud et le froid. Décevant à la première écoute, il devient attachant à la longue. Pourtant, ces retrouvailles avec Dr. Dre promettaient un grand cru. Sans impressionner, Anderson .Paak confirme tout de même son statut d’artiste phare de la scène Rap & Soul.

Une direction musicale déroutante

La sortie d’Oxnard chez Aftermath a suscité beaucoup d’attentes. Depuis leur collaboration sur Compton, les fans de Dre et de Paak attendaient cet album comme l’événement de cette fin 2018. Si la magie avait opéré en 2016 sur le morceau « Animals » notamment,  en 2018 l’impression est plus nuancée.

Ces doutes sont avant tout le résultat d’une direction musicale tâtonnante. Orchestrée par le Doc himself, l’orientation artistique semble hésiter entre la continuité de Malibu et un désir d’emmener l’artiste vers des contrées musicales inexplorées. Du coup, le grain de folie tant attendu n’est malheureusement pas au rendez-vous, et une forme d’incohérence musicale de Paak jalonne tout le long du dernier tome de sa trilogie consacrée aux plages de Los Angeles.

Le morceau d’introduction, « The Chase » nous oriente vers des pistes soul des années 70 à la Sly Stone. Dre promet alors de guider Paak vers une réactualisation des classiques Jazz et Soul des seventies dont on sait qu’il est friand. Seulement, le producteur de Compton ne suivra pas cette direction pourtant prometteuse.

La versatilité du mixage qui alterne entre des morceaux pop, soul et rap, altère grandement les qualités vocales du chanteur, qui parait souvent un peu perdu. Dommage pour un artiste qui avait séduit un public de plus en plus large grâce à son sens du groove et sa voix si particulière. D’ailleurs, des rumeurs parlent de l’éviction à la dernière minute de producteurs prestigieux comme Madlib, par exemple. Cependant, le choix de pointures comme QTip ou 9th Wonder s’avère judicieux, bien qu’épisodique.

Batteur de talent, Paak ne profite pas non plus de drums à la hauteur de Malibu. A ce niveau, le binôme semble être bridé par leurs tergiversations musicales. Certaines productions sonnent même lisses, voire sans réel relief musical. Pourtant, le bilan n’est pas totalement négatif. Notamment lorsqu’on jette une oreille aux beats percutants de « Cheers » ou « Brother’s Keeper ,» qui nous rappellent leur savoir-faire dans ce domaine. La deuxième partie se révèle d’ailleurs beaucoup plus cohérente et convaincante, avec des morceaux plus soignés. Le duo semble avoir retrouvé un peu de dynamisme créatif dans des morceaux plus marqués comme « Sweet Chick » ou « Anywhere ».

L’appât des invités prestigieux

Malibu a conféré un statut de superstar à son auteur. Devenu artiste convoité, il cède à l’inévitable tentation des invités prestigieux… jusqu’à en abuser. Effectivement, sur les quatorze titres de l’album, neuf comportent des featurings. Ce défilé noie un peu le génie de la voix de son principal protagoniste, à tel point que Paak finit par davantage servir ses convives que son propre projet.

Si les apparitions de Dre et J. Cole restent anecdotiques, certaines présences se montrent plus complémentaires, voire supérieures à celle du chanteur californien, qui parait par exemple dépassé par le charisme d’un Pusha T ou d’un Snoop Dogg. En revanche, les apparitions d’artistes moins reconnus comme Cocoa Sarai ou Kahdja Bonet constituent d’agréables surprises. Souvent assimilé à son voisin Kendrick Lamar, Paak et ce dernier assurent le minimum syndical sur le single « Tints », certes avec beaucoup de talent. Quant à la présence de BJ The Chicago Kid, sa collaboration peine à soutenir la comparaison de « The Waters » sur Malibu.

Multiplier les apparitions ne suffit pas à gommer  les carences d’un projet mené de manière décousue. Elles démontrent surtout un aveu de faiblesse ou un manque d’inspiration évident. Se reposer sur les talents des autres pour tenter de donner encore plus de relief à son projet en est la preuve la plus flagrante.

Une alchimie difficile à trouver

Oxnard ressemble parfois à un caprice entre deux artistes, qui semblent s’apprécier réciproquement. Malgré cette estime mutuelle, l’alchimie fonctionne épisodiquement. Chacun semble vouloir démontrer à l’autre son envie de faire plaisir à son compère en s’immisçant mutuellement dans leur domaine respectif.  Les essais de Paak au rap sur « Who R U ?» ou « Left To Right » se montrent à ce propos révélateurs. Plutôt décalée et inopportune, leur présence soulève une réelle interrogation sur les intentions de son auteur. Veut-il démontrer à son aîné sa volonté de l’impressionner sur son propre terrain ? La question se pose. Paak se transforme alors en un éphémère caméléon musical, qui tente de prendre la couleur de la branche sur laquelle il veut se reposer.

A aucun moment le duo ne semble prendre sa vitesse de croisière. Même lorsque le cas se présente comme sur « 6 Summers », cette harmonie est stoppée par un obstacle impromptu, et la déception reste alors plus grande. La tolérance aurait été de mise si nous n’avions pas assisté à la démonstration talentueuse de Malibu auparavant. Malheureusement, le public n’oublie jamais ce qui demeure intemporel. Et cet épilogue final à la trilogie des plages californiennes ressemblent plus à une sieste de fin de journée. Sans être véritablement indigeste, ce voyage aux pays des songes West Coast ronronne, avec un ronflement doux mais amer. Un assoupissement qui reste tout de même agréable, mais pas vraiment mémorable.