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Spider ZED nous parle de ‘Club de coeur’, son dernier album

Ton album sort vendredi 13 janvier, comment tu te sens ?

Je me sens très bien. J’ai franchement hâte et je suis assez excité que ça sorte. Il y a toujours ce moment où tu ne sais pas si tu as fait un classique qui va changer ta vie ou si c’est un album comme un autre. Je suis donc dans cet entre-deux où je ne sais pas encore ce que ça va donner !

Pourquoi sortir un album au début de l’année, si tôt dans le mois de janvier ?

C’est plus un aspect business. J’aurais pu sortir cet album en décembre, mais tous les gros artistes sortent leur projet en décembre pour permettre aux gens d’offrir leur album sous le sapin. Et vu que je n’ai pas forcément la force de frappe de gros artistes… D’autant plus que personne n’a envie de sortir un projet en janvier, justement parce que tout est sorti à noël.  C’est une période assez creuse, je ne crois pas qu’il y ait de grosses sorties ce vendredi. Il y a Mickey 3D et La Grande Sophie, mais dans mon genre il n’y pas grand monde. Je suis donc assez tranquille.

Tu fais le parallèle entre tes proches et Club de cœur qui est le titre du projet. Est-ce que tu peux nous parler de ce rapprochement ?

Exact. Le Club de cœur est un peu l’équipe que tu supportes qu’elle corresponde à la ville d’où tu viens ou à une équipe que tes parents soutiennent. C’est un peu un truc dont tu hérites et pas que tu choisis. J’ai trouvé ça similaire à la famille. Parfois elle te rend triste mais en même temps tu ne peux pas en changer. Tu ne peux pas les abandonner. Il faut faire avec et tu les aimes même si parfois il y a des problèmes.

C’est un album qui parle de la famille et de tes proches. Quel a été le déclic pour vouloir construire un projet autour de ce sujet ?

C’est un thème qui a toujours été assez récurrent dans mes sons. J’ai voulu le développer davantage dans cet album-là. Ça s’explique aussi parce que jusqu’à aujourd’hui, j’essayais encore de faire des morceaux très rap. Je voulais toujours apporter une touche rap même dans mes morceaux un peu plus pop. L’objectif a été de rappeler aux gens qui m’écoutent depuis le début que je suis toujours un rappeur. Mais ces morceaux ne plaisaient pas trop aux gens et, de mon côté, j’aimais bien les faire mais sans plus. Finalement, si j’enlève tous les moments où je parle de choses en rapport avec le rap et l’égotrip, je parle quasi que de moi et par conséquent de ma famille. C’est quelque chose qui me préoccupe beaucoup et qui m’inspire. Là où je note le plus d’idées c’est pendant les vacances avec ma famille. Ce sont des moments où je suis obligé de déjeuner et dîner avec eux et c’est un peu les dernières fois dans ma vie où je suis obligé d’être là alors que parfois je n’ai vraiment pas envie. Je trouve ça assez inspirant parce que du coup tu es entrain de subir, même si parfois c’est positif !

Et comment réagissent tes proches à ta musique ?

Ça va. Je pense qu’ils le prennent mal mais qu’ils sont assez fiers de ce que je fais. Forcément, ils le prennent très personnellement parce que ça parle d’eux. Dans cet album, j’ai l’impression que je leur mets cher mais je leur dis toujours que je les aime après, tu vois ? Donc ça va. Je pense que globalement ils vont être ému·e·s, mais je pense qu’ils vont continuer à me parler. J’espère !

On espère aussi !

Tu nous dis vouloir un peu t’éloigner des références au rap et les premiers morceaux dévoilés de l’album sont souvent qualifiés d’indie pop. C’est quelque chose d’assumé ?

J’ai beaucoup plus écouté d’indie pop, voire de pop rock que de rap dans les deux dernières années. Après, je pense que ma manière de chanter et d’écrire n’a pas beaucoup changé même si je pense que c’est devenu mieux. J’écris et réfléchis toujours comme un rappeur mais ce sont plus les instrus où on s’est pris la tête. Il y a des guitares sur tous les morceaux et j’ai travaillé avec pas mal de potes à moi qui sont plus forts en musique. Avant, je faisais tout, tout seul donc j’étais forcément un peu limité puisque je n’avais pas d’éducation musicale à proprement parler. J’ai appris en faisant, ce qui est pas mal mais au bout d’un moment j’avais l’impression de tourner en rond. Sur les prods de ce projet, on s’est plus pris la tête et ça a donné un truc beaucoup plus riche en termes d’arrangements.

Ce n’est pas un truc qui me dérange de ne plus être catégorisé comme un rappeur. Mais, je ne me battrais pas si on me catégorise comme un rappeur, ça me va très bien aussi. À partir du moment où on écoute l’album, je suis très content !

Jusqu’à présent tu réalisais la plupart de tes prods tout seul. Si je comprends bien tu as changé ta manière de faire ?

Exactement ! J’ai travaillé avec 3 personnes : surtout Jules Coulibaly avec qui on a fait tous les arrangements et la plupart des prods. Mais aussi avec Herman Shank et Pierre Pleure. Ce sont 3 potes à moi donc c’était une bonne ambiance. Surtout que, ce n’est pas toujours terrible de travailler avec des gens que tu ne connais pas. Les 3 sont meilleurs que moi en musique donc ils m’ont pas mal aidé à faire des trucs mieux et plus riches. Ce sont plus des artistes que moi dans le sens où je suis un technicien. Je veux aller le plus rapidement possible vers un truc écoutable. Mais, du coup, c’est forcément très simple. Je veux que mon chemin soit le plus rapide sinon ça m’ennuie alors qu’eux, c’est plus l’inverse : ils aiment bien peaufiner pendant des heures. Par exemple, Jules Coulibaly fait aussi des sons de son côté. Mais, il en sort très peu car il ne les finit pas. Du coup, on s’est alliés : moi qui finis les sons un peu trop vite et lui qui ne les finit pas !

Tu as donc pris un peu plus de temps que d’habitude pour produire ce projet ?

Oui, j’ai pris plus de temps. Mais surtout, il y a un moment où je pensais avoir fini les morceaux et on a tout ré-ouvert. C’est une chose que je ne faisais pas du tout. Avant, je faisais la maquette et, si elle était bien, c’était fini !

J’ai trouvé le projet assez introspectif. Est-ce que ça a un lien avec le fait qu’il n’y ait qu’un feat sur tout l’album ?

Il aurait pu et il aurait surement dû avoir d’autres feat. Donc, ce n’est pas forcément une volonté d’avoir très peu de feat. En réalité, c’est assez compliqué d’avoir des feats avec des gros artistes. Il y a eu pas mal de problèmes. Au bout d’un moment, ça m’a un peu gonflé. Comme j’apprécie beaucoup Johnny Jane et qu’on se connaissait, je pouvais travailler directement avec lui et ça s’est fait assez simplement. On s’est dit : restons simple.

Tu aimes les choses simples. Tu le vois comme une force ou ça t’a parfois porté préjudice ?

Je pense que c’est quelque part une force. Quand j’ai commencé à faire des instrus et à m’enregistrer, je n’avais pas des ambitions démesurées en termes de rendu. Du coup, assez vite, j’étais fier de ce que je faisais. Assez vite, je me disais que c’était assez bien pour que je puisse le sortir. C’est une force dans le sens où il y a pleins de gens qui se comparent à de trop gros artistes et qui ne sortent rien car ils trouvent que c’est trop simple.

Mais je pense aussi que ça a été une faiblesse car j’ai eu tendance à vite me dire “c’est bon, le morceau est terminé dès qu’il y a une boucle qui est simple« . Problème auquel je pense avoir remédié sur cet album. Aussi, je me prends la tête sur beaucoup de choses et quand ce n’est pas simple j’ai beaucoup trop de questions à me poser et vu que je fais des fixettes impossibles sur tous les trucs, il vaut mieux que ce soit assez simple pour que je puisse dormir le soir.

La simplification fait-elle partie intégrante de ton processus de travail ?

J’aime bien simplifier, mais je fais aussi beaucoup de recherches pour simplifier. Je me demande “Comment faire en sorte que ce soit le plus simple possible » quitte à prendre plus de temps pour chercher comment simplifier le truc.

Ce que j’aime beaucoup dans ta musique c’est son évolution, tu es un artiste avec lequel on grandit. Est-ce que c’est quelque chose de travaillé et de recherché ?

Je ne pense pas l’avoir vraiment cherché. Je pense avoir grandi moi aussi et donc forcément j’ai fait évoluer mes textes. Si on reprend mes premiers morceaux : “Mes Ex” je l’ai écrit au lycée, “Forchetta” je l’ai écrit en première année de fac où je me suis dit « putain mais la fac c’est horrible, ce n’est pas du tout ce que je veux faire de la vie ». Donc c’était des périodes où je n’étais pas bien et au fur et à mesure j’ai grandi et j’ai abordé des sujets qui me concernaient. À chaque album je me dis « c’est bon, je pense que j’ai dit pas mal de trucs, qu’est-ce que je vais pouvoir dire ? » et je me rends compte qu’il m’est arrivé des trucs et sûrement qu’il arrive les mêmes trucs à beaucoup de personnes et du coup on grandit ensemble.

Oui, tu ne le cherches pas vraiment mais c’est plus par rapport à tes inspirations du quotidien.

Oui voilà ! Je ne fais pas des brainstormings en me disant « putain, comment je peux parler aux gens de 23 ans ? Il se passe quoi cette année ? » [Rire]

À travers ta musique, je retrouve aussi un message de positivité. Tu arrives à donner confiance aux gens à travers toutes les vérités que tu écris. Est-ce quelque chose que tu as envie de diffuser ?

C’est clairement quelque chose que j’ai envie de diffuser mais est-ce que c’est volontaire ? Je ne suis pas sûr. Ce n’est pas forcément un truc qu’on me dit souvent. Mais, ça me fait très plaisir que tu me dises ça. Peut-être que c’est quelque chose de positif dans le sens où certaines personnes peuvent se sentir moins seules dans ce qu’elles vivent en se disant « putain, mais moi aussi je vis un truc similaire ».

Dans l’écriture des titres du projet, tu écris « pq », « domaj », quel était l’objectif ?

Le « pq » à la place de « pourquoi » s’explique parce que « pourquoi j’suis comme ça » ça fait trop long. Puis comme j’écris toujours « pq » à la place de « pourquoi » je me suis dit pourquoi pas. Je l’avais déjà fait à l’époque pour le son « Prcq j’ai une meuf ». Et « Domaj » c’est un petit jeu de mots parce que le morceau est dans la gamme Do Majeur. C’est pour cette raison que je dis « C’est domaj comme la gamme ».

On parle de « Pq je suis comme ça », je trouve que c’est un morceau qui se distingue des autres, est-ce qu’il a une histoire particulière ?

Hum… Est-ce qu’il a une histoire particulière ? Un peu dans le sens où ça part en maxi teuf à la fin. Je me souviens l’avoir fait en résidence à la campagne avec Pierre Pleure, Herman Shank et Jules Coulibaly. Je ne sais plus si c’était vraiment une volonté ou si c’était parti en couille. Mais n’empêche que lorsqu’on l’a écouté on s’est dit « c’est formidable ».

Sur tes visuels il y a une certaine cohérence avec des images assez solaires et des couleurs complémentaires. Comment tu travailles sur tes covers ?

Je travaille ça avec ma photographe qui s’appelle Johanna Doukov. La pochette de l’album c’est la première qu’on n’a pas improvisé de mémoire. Souvent, c’est plus des shootings où on se disait « ah beh tiens on dirait une pochette ». C’est souvent par hasard, et j’aime bien. Lorsqu’on prévoit un truc et que je l’imagine dans ma tête, je l’imagine d’une certaine manière qui n’est pas la réalité. Donc, je ne suis jamais content car ce n’est pas exactement ce que j’imaginais. Je préfère donc ne pas imaginer et improviser ! Mais pour le coup, pour ce projet, c’était vraiment réfléchi : je voulais les lasers dans les yeux, elle avait eu l’idée avec la veste et les pin’s. On a pris la photo finale à l’Île de Ré, là où on a tourné le clip de « En ce moment » aussi.

Pourquoi les lasers ?

Il y a deux raisons. Quand j’étais petit il y avait un album de Massive Attack où la pochette c’est plein de super-héros qui sortent d’une ville dessinée en mode comics. Je suis un grand fan de super-héros et de comics et cette pochette m’avait beaucoup impressionnée. J’avais 8 ans et je pensais que c’était un album de fou. Finalement, je l’ai écouté et ce n’était vraiment pas ma came. Du coup, ça m’avait déçu de voir une pochette aussi belle et un album qui ne me plait pas du tout. Donc il y avait une partie de moi qui voulait faire une pochette en mode super héros stylé et faire un album qui plait. C’est la première raison.

La deuxième c’est par rapport aux lasers lancent plein de petits cœurs. Ils font le parallèle aux blessures que tu peux avoir avec ta famille du fait que vous vous aimez tous beaucoup mutuellement.

Ton album est accompagné d’une tournée, est-ce que la scène est importante pour toi ?

C’est très important parce que j’aime beaucoup ça. Je vois toujours les concerts comme une occasion de voyager et de faire la fête avec mes potes. La plupart des concerts sont dans des villes où je ne serais pas forcément allé. Ça me fait donc découvrir des lieux. D’autant plus que sur cette tournée, c’est la première fois que je vais partir avec un musicien, en l’occurrence Jules Coulibaly avec qui on a composé l’album. On sera en mode guitare, piano et tout ! Ça va être assez stylé, j’ai assez hâte surtout qu’il y a plein de dates dont la Maroquinerie à Paris.

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Un grand merci à Elodie pour avoir organisé cette interview. Merci à Marin pour son temps et ses réponses. Milles mercis à Soazig pour ses clichés. 

Manon Virsolvy

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